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A Bigger Splash

vendredi 8 avril 2016, par SIGNIS France

(de Luca Guadagnino. Italie/France, 2015, 2h04. Venise 2015, compétition officielle.)

Lyon, 8 avril 2016 (Magali Van Reeth) – Deux couples autour d’une luxueuse piscine, un été torride, de vieilles rancœurs, de nouvelles envies à la cuisine comme au bain et une étrange noyade : le cinéma s’amuse avec lui-même et jette un regard lucide sur nos comportements.

Marianne, une chanteuse célèbre passe les vacances d’été avec son jeune amant Paul, dans une île italienne, loin de la foule déchainée des fans. Elle vient d’être opérée des cordes vocales et ne peut pas parler. Arrive avec fracas Harry, son ex-mari volubile, flanqué d’une aguicheuse jeune fille. Le réalisateur italien Luca Guadagnino refait le film La Piscine (1969), avec le même scénario mais en changeant ce qu’il n’aime pas... Inutile d’avoir vu le film de Jacques Deray pour savourer A Bigger Splash, le film existe très bien tout seul.

Guadagnino fait un film tout en tension, opposant le luxe sensuel dans lequel évolue les personnages et le tragique du quotidien qui rattrape même les gens heureux et riches. Dans une nature luxuriante, sublimée par le soleil, caressée par le vent, animée par la mer, comment ne pas avoir envie d’aimer et d’être heureux ? Harry aime autant les femmes que la cuisine et introduit dans le calme ronron des amoureux la dorade en croûte de sel, les figues que Penelope épluche avec sensualité, le bon vin, la fête populaire où on s’encanaille avec le peuple et la savoureuse ricotta préparée à l’ancienne par les paysans de l’île.

Le réalisateur démonte cette fascination imbécile qu’on peut avoir pour les gens riches et célèbres, comme cet homme qui, dans le restaurant bondé, laisse sa table à la vedette qu’il vient de reconnaître (le ferait-il pour sa voisine ?) et lui demande un autographe quand elle s’attend au pire. Parce qu’ils sont riches, parce qu’ils sont étrangers, on sera plus indulgent pour eux. Mais trop de chaleur, trop de tentations, trop de rancœurs finissent par alourdir l’ambiance estivale. Dans un écheveau affectif les quatre personnages vont s’allier deux à deux et s’affronter en tête à tête. Marianne avec Harry, Paul avec Penelope, Marianne contre Penelope, Harry contre Marianne, Penelope avec et contre Harry, Paul contre Harry. Désir, lâcheté, jalousie, culpabilité, innocence perverse. Jusqu’au drame final.

Le film est porté par des acteurs époustouflants. Luca Guadagnino filme avec admiration Tilda Swinton dont la lumineuse beauté ne craint aucune situation, pas même face à la jeunesse de Matthias Schoenaerts et de Dakota Johnson. Habillée avec audace ou simplement nue, cette femme de cinquante ans illumine toutes les scènes où elle est présente. Ralph Fiennes est méconnaissable dans ce rôle de trublion manipulateur, toujours en mouvement, hargneux et plein de charme, sûr de lui. Il est à la fois le détonateur et l’explosif. Jouant avec les origines diverses de ses acteurs (belge, britannique, français, américain, italien), le réalisateur s’amuse avec les quiproquos linguistiques et culturels. Grâce à la très belle photo du chef opérateur Yorick Le Saux, on se régale de cadrages splendides où la beauté des paysages rugueux renvoie sans cesse à la complexité du monde.

L’envers du décor, la vraie réalité, ce sont les migrants qui tentent chaque jour d’accoster sur les côtes italiennes et, lorsqu’ils y parviennent, se cachent où ils peuvent. Omniprésents pour les locaux, ils sont ignorés des touristes, sauf en cas de rencontres imprévues et troublantes, surtout pour la jeune femme en maillot de bain. Et lorsque Marianne se souvient que ces migrants existent, c’est avec une grinçante cruauté, pour - en quelque sorte - leur mettre un peu plus la tête sous l’eau... Ces quatre-là n’étaient pas forcément de mauvaises personnes mais, s’échauffant l’un l’autre aux abords de la piscine, ils y ont trouvé le pire reflet d’eux-mêmes.

Magali Van Reeth

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