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A peine j’ouvre les yeux

mercredi 30 décembre 2015, par SIGNIS France

(de Leyla Bouzid. Tunisie/France/Belgique, 2015, 1h42)

Lyon, 30 décembre 2015 (Magali Van Reeth) - A la veille de la révolution tunisienne du printemps 2011, une jeune fille passionnée de musique se heurte de plein fouet au système répressif et au machisme de la société traditionnelle.

A l’été 2010, Farah vient de passer son bac avec succès. Elle a 18 ans, des rêves de musique plein la tête et des envies d’indépendance qui la poussent à se mettre parfois en danger, sans qu’elle le réalise vraiment. Comme son père travaille loin de la maison, c’est surtout à sa mère qu’elle va s’opposer pour aller chanter le soir, avec son groupe, dans les cafés et les bars où les jeunes se regroupent.

Au-delà d’une dénonciation d’un système politique répressif, la réalisatrice montre bien cette forme de totalitarisme que les hommes du monde arabe exercent sur les femmes : lorsqu’une femme entre dans un café, elle est dévisagée de façon obscène par les hommes attablés ; quand elle traverse un lieu public (gare routière), elle est encore sous la pression de regards insistants ; et même les jeunes gens rebelles, une fois qu’ils ont établi une relation régulière avec une jeune femme, ont envers elle un sentiment de possession et une irrépressible envie de contrôle sur ses actes et ses désirs... Leyla Bouzid reconstruit avec justesse l’ambiance de la Tunisie quelques mois avant les soulèvements du "printemps arabe", lorsque l’oppression politique faisait peser un silence étouffant sur toute la vie publique.

Si la jeune actrice Baya Medhaffar, qui interprète Farah, est pétillante, déterminée et passionnée, on est surtout impressionné par le jeu de Ghalia Benali, une chanteuse très célèbre en Tunisie, qui donne à Hayet, la mère, la tendresse inquiète de la maturité. Une mère déchirée entre la peur de voir sa fille souffrir et la volonté de la voir se réaliser dans sa vie d’adulte. Le charme naturel de Ghalia Benali donne à tout le film une belle profondeur.

Premier long-métrage de Leyla Bouzid, A peine j’ouvre les yeux rappelle la difficulté d’une jeunesse élevée dans un univers contraignant, mais qui sait parfaitement - grâce aux médias - comment vivent les autres jeunes dans le monde occidental. Le film montre bien la frustration qui en découle dans une société qui n’est pas prête à laisser les individus s’exprimer librement et agir par eux-mêmes.

Magali Van Reeth

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