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Alexandra

mercredi 26 septembre 2007, par SIGNIS France

(d’Alexandre Sokourov. Russie, 2006, 1h32. Sélection officielle au Festival de Cannes 2007. Sortie en France le 26 septembre 2007)

Lyon, 26 septembre 2007 (Magali Van Reeth) - C’est une étrange grand-mère qui a d’étranges idées et qui les mène jusqu’au bout. N’ayant pas vu son petit-fils depuis plusieurs mois, elle décide de le rejoindre. Mais celui-ci est un officier russe, cantonné dans un camp militaire sommaire, en Tchétchénie, dans la région de Grozny.

Peu importe, elle prendra un convoi militaire, dans un wagon où il n’y a qu’un banc de bois pour s’asseoir et arrivera au camp dans un blindé. Alexandra est un film de guerre où on ne voit de la guerre que l’attente et les blessures. L’attente des hommes qui guettent le moment où ils pourront enfin partir à l’action ; attente des individus, coupés de leur famille ; attente des mères et des grands-mères qui vivent dans l’angoisse du drame. La guerre, c’est toujours trop long.

Alexandre Sokourov est un formidable réalisateur russe qui questionne inlassablement les deux extrêmes de notre humanité. D’une part, dans ce qu’il y a de plus beau et de plus émouvant, les relations entre les parents et leurs enfants, avec Mère et fils en 1997 puis avec Père, fils en 2003. D’autre part, avec ce qu’il y a de plus terrible, la guerre et les dictateurs, avec Moloch (Hitler), Taureau (Lénine) et Le Soleil (Hiro Hito).

Certes, l’ambiguïté est souvent présente, que ce soit dans les relations familiales ou face aux tyrans de ce monde mais cet inlassable questionnement nous ramène à l’essence même de notre humanité : l’amour et la violence. Chaque individu devant, au gré de son destin et face à l’Histoire du monde, gérer au mieux ce tiraillement vital.

Tourné dans des teintes sépia qui donne un petit côté hors du temps et éternel à une guerre très contemporaine, Alexandra est la confrontation entre la douceur de la femme et de la vieillesse, avec la rigueur militaire et le manque de tendresse des soldats au front. C’est une femme qui n’en fait qu’à sa tête dans un monde d’extrême discipline. C’est une mère qui gronde l’officier, une femme qui va bavarder avec l’ennemi.

Après son départ, rien n’aura sans doute changé dans cette armée-là et certains ont reproché à Alexandre Sokourov son manque de condamnation de la politique russe en Tchétchénie. Cela n’empêche pas le spectateur de constater, une fois encore, l’absurdité de ces conflits qui ravagent des familles et des régions entières. Et de sentir combien la fraternité est proche dès lors qu’on laisse les femmes bavarder entre elles sur un marché.

L’héroïne de ce film, c’est aussi l’actrice principale, Galina Vishnevskaya, cantatrice russe très célèbre et épouse du musicien Mstislav Rostropovich. Agée de plus de 80 ans, le tournage a été pour elle assez éprouvant mais elle a su donner corps à un personnage magnifique, incarnant la douceur, la sagesse et le bon sens dans un univers qui en semble bien dépourvu.

Magali Van Reeth

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