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Alias Maria (prix oecuménique Fribourg 2016)

lundi 21 mars 2016, par SIGNIS France

(de José Luis Rugeles. Colombie/Argentine/France, 2015, 1h33. Festival de Fribourg 2016, prix du jury œcuménique)

Lyon, 21 mars 2016 (Valérie de Marnhac) – En filmant de manière très documentée un commando de la guérilla colombienne, le réalisateur nous plonge au cœur de la jungle, dans un suspense sans faille où la naissance d’un bébé va enrayer la mécanique de guerre. A travers Maria, fille-soldat découvrant la maternité, le film pose ainsi la question du choix de la liberté, du combat pour la vie et de l’émergence de la solidarité.

Dès le commencement, la vie apparaît comme une promesse, mais déjà accompagnée des souffrances de l’enfantement et de la menace de son risque d’éradication. Car au sein de la guérilla colombienne, les femmes-soldats n’ont pas le droit de garder leur enfant, sauf la compagne du commandant. Et si la mécanique de guerre leur attribue un homme, c’est bien évidemment plus pour satisfaire ses besoins que dans la perspective d’une reproduction : "On ne va quand même pas peupler cette jungle de bébés". Tout est parfaitement organisé en ce sens, contraception ou avortements à la chaîne.

Quand la jeune Maria, 13 ans, est envoyée en mission pour mettre à l’abri le fils du commandant, elle sait déjà qu’elle est enceinte mais n’a pas eu le temps de "s’en débarrasser". Chargée de porter le nouveau-né, c’est à travers le contact des corps qu’elle découvre la maternité. Caresses apaisantes, allaitement furtif, chansons murmurées tranchent avec la violence des combats et la difficulté d’avancer au cœur d’une nature hostile et menaçante.

Filmée le plus souvent en gros plan, Maria (Karen Torres, actrice non professionnelle) passe ainsi avec une grande justesse et uniquement à travers son visage et ses regards, de la détermination et la force à la douceur et l’émotion. Choisie après un casting de plusieurs centaines de jeunes, elle incarne parfaitement ces enfants devenus adultes trop vite et que la guerre a privé de leur adolescence. Et c’est dans une très belle scène, véritable tournant du film, qu’en se réappropriant sa féminité elle découvre en même temps la solidarité.

José Luis Rugeles filme avec une juste économie de dialogues et de paroles, l’irruption de la vie dans un contexte de mort, à l’image de cette lumière qui parvient à filtrer à travers l’épais feuillage de la jungle. Tourné à partir d’une large base documentaire, Alias Maria n’élude pas l’horreur des crimes ni le faible prix d’un homme quand il n’est pas soldat, et nous expose la réalité sociale des villages pris dans le feu de la guerre civile. Mais en choisissant la liberté, Maria prône le courage, la vie, la compassion.

Au 30° Festival de Fribourg, Alias Maria a obtenu le prix du Jury œcuménique.

Valérie de Marnhac

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