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Brooklyn

mercredi 9 mars 2016, par SIGNIS France

(de John Crowley. Royaume-Uni/Canada/Irlande, 2014, 1h53)

Lyon, 9 mars 2016 (Magali Van Reeth) – Un film romanesque, aux décors élégants et soignés qui nous plonge au cœur des tourments et des espérances d’une jeune femme partagée entre deux pays.

Eilis, jeune Irlandaise d’un milieu modeste, saisit l’occasion qu’on lui propose de partir à New York pour y travailler. Elle part dans un mélange d’appréhension et de ravissement, quittant à regret sa famille. Elle est tour à tour morte de peur devant l’inconnu et transportée de joie de vivre cette belle aventure. Arrivée à Brooklyn, un quartier de New York, où tout est nouveau, différent pour elle, la jeune femme surmonte ses craintes, ses chagrins et se fait peu à peu Américaine.

Le film fait la part belle au style des années 1950 en saturant les couleurs (les rouges à lèvres cerise, les voitures pastel glacé, les pelouses d’un vert éclatant) et en apportant une attention aux vêtements (les robes à taille étroite et large jupe, les pantalons souples des hommes), au raffinement de la vaisselle de porcelaine et aux objets du quotidien que le plastique n’avait pas encore envahi. A l’extérieur, le monde est inondé de lumière, pour accentuer l’idée du possible, de l’espace, de la création ; à l’intérieur, les teintes mordorées prévalent, soulignant le confort tiède et rassurant du foyer.

Le film de John Crowley souligne l’importance de l’Eglise catholique dans ces migrations entre l’Irlande et le Nouveau monde. C’est à travers les réseaux de sa paroisse qu’Eilis peut partir aux Etats-Unis et, une fois arrivée à Brooklyn, son seul contact est un prêtre catholique. Il l’aide à trouver un logement, un travail et même à poursuivre ses études, grâce au soutien des paroissiens. Dans cette paroisse, des bals sont organisés et c’est là qu’Eilis rencontre un jeune plombier italien (donc catholique lui-aussi). Brooklyn montre qu’une intégration réussie passe, hier comme aujourd’hui, par des réseaux d’entraide et de solidarité qui fournissent une aide matérielle. Mais aussi une aide spirituelle et affective qui permet de mieux comprendre la société dans laquelle on arrive et de surmonter le chagrin inhérent à l’éloignement.

Au moment où Eilis se sent enfin pleinement chez elle à New York, elle est rappelée en Irlande à l’occasion du décès de sa sœur. Dans la tourmente émotionnelle, la pression familiale et l’importance qu’on donne soudain à celle qui revient de si loin, Eilis est bouleversée. Déstabilisée par les sensations d’autrefois et les nouvelles opportunités qui s’offrent à elle, et pensant tout maîtriser parce qu’elle est revenue chez elle, elle se laisse étourdir par la vie, et oublie ce qui lui semble soudain si lointain.

Entre sa vie d’avant et son avenir, il y a un monde, un océan. Eilis est si jeune, si bouleversée par tous ces événements qu’elle a du mal à se projeter ailleurs que dans l’instant, surtout quand l’instant est si séduisant. C’est la mesquinerie de son ancienne patronne qui va finalement lui permettre de faire définitivement son choix. Comme si elle réalisait alors qu’une vie nouvelle, d’adulte libre de ses actes, devait se faire dans un lieu sans histoire, terreau fertile pour les promesses d’avenir, et en accord avec les promesses données. Avec une belle élégance et une certaine douceur, Brooklyn nous plonge au cœur de la complexité émotionnelle des migrations qui, depuis le début de l’humanité, sont le propre de l’Homme.

Magali Van Reeth

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