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Carmina

mercredi 27 juillet 2016, par SIGNIS France

(de Paco León, Espagne, 2014, 1h33)

Lyon, 27 juillet 2016 (Magali Van Reeth) - En Espagne, une mère soulève des montagnes pour mettre sa famille à l’abri du besoin et du chagrin. Une comédie savoureuse et pleine de surprises.

Elle est impressionnante Carmina, cette femme à la soixantaine grassouillette, toujours entre deux portes et deux cigarettes. Battue par la crise économique qui frappe l’Espagne depuis plusieurs années, et les problèmes de santé qui touchent inévitablement les fumeurs en surpoids, elle doit aussi s’inquiéter pour ses enfants adultes, entre le manque de travail et le trop plein d’agressivité... Mais Carmina est maline, pleine de ressources et telle une lionne, elle saura protéger sa famille envers et contre tout !

Le scénario déroule l’intrigue sous une forme assez classique : le décès du mari de Carmina va enclencher toute une série d’évènements incontrôlables et donc loufoques. Dans l’appartement de Carmina, qui espérait un peu de calme, vont se succéder les rencontres et les discussions plus animées que prévues. Mais le réalisateur Paco León tire cette comédie vers un portrait plus amer et plus émouvant de la société espagnole aujourd’hui.

C’est son premier film en tant que réalisateur. Jusqu’ici connu comme acteur de séries télévisées, volontiers provocateur, Paco León sait tirer parti d’un sujet attachant qu’il filme avec originalité. La direction d’acteurs, le soin apporté à l’image, le scénario rigoureux et une fine mise en scène donnent à Carmina un souffle particulier. Comme dans l’intrigante scène d’ouverture où la caméra reste fixée dans une pièce sans personnage et où les voix et les bruits hors champ "racontent" l’action en train de se produire. Evitant les écueils d’un cinéma qui confond parfois vulgarité et réalisme, Paco León sait convoquer les fantômes et créer un ton juste pour parler gravement du quotidien dans un pays en crise, et légèrement de la mort que rien n’arrête.

L’actrice principale, Carmina Barios, est éblouissante. C’est la mère du réalisateur et peu importe qu’elle joue ou non son propre rôle. C’est le cinéma qui compte, sa façon de mouvoir son grand corps dans des pièces trop petites et encombrées de meubles et de souvenirs, sa façon souveraine de régler avec humanité un conflit avec plus pauvres qu’elle, sa dévotion à des saints dont seule l’Espagne a le secret et qui règlent les crises conjugales. Elle est immense dans son amour pour ses proches, vaillante pour les sauver de leur propre perdition, au propre comme au figuré. Elle a des rêves de jeune fille et des secrets de mère. Elle a la parole flamboyante, elle est celle qui ose et peut tout se permettre, même une promenade en moto sans chemise.

Carmina est une mère espagnole mais, par la grâce d’une fiction intelligente, elle est toutes les mères qui, de part le monde, se battent pour protéger leur famille, pour assurer l’avenir de leurs enfants, pour repousser loin d’eux le chagrin et la peur. Bel hommage d’un fils à sa mère, d’un vrai cinéaste à une véritable actrice !

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