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Chocolat

mercredi 3 février 2016, par SIGNIS France

(de Roschdy Zem. France, 2015, 1h50)

Lyon, 3 février 2016 (Magali Van Reeth) – Dans le Paris de la Belle époque, un numéro de cirque transforme à jamais la vie d’un ancien esclave noir devenu un artiste célèbre. Un beau film sur un sujet inhabituel, superbement interprété.

Au 19ème siècle à Paris, un duo de clowns a connu une notoriété sans précédent et révolutionné le monde du cirque. Footit et Chocolat, c’est la rencontre d’un clown blanc, triste et bondissant comme une liane souple, et d’un noir tout en force paisible et en rire tonitruant. C’est le destin hors du commun d’un enfant esclave et d’un artiste à l’intuition remarquable. La mise au point de leurs numéros a été aussi rugueuse que leur amitié et la chute de l’un entrainera celle de l’autre.

Pour raconter le destin étonnant de ce duo et le formidable parcours de Chocolat, Roschy Zem s’appuie sur une réalisation classique, au service du récit. Une l’histoire forte, dramatique et émouvante portée par la formidable interprétation des deux acteurs principaux. Deux acteurs aussi différents dans leur jeu que dans leur univers, faisant écho aux différences des personnages qu’ils incarnent. Omar Sy vient de la télévision et de la comédie, il a la réplique facile, les deux pieds dans le monde contemporain et ses usages, il est habitué à une couverture médiatique. Moins connu du grand public, James Thierrée est né dans le monde du cirque, tout son jeu passe par le corps, l’expression gestuelle et faciale. Son théâtre exprime la poésie du mime et le mystère de la mélancolie, en dehors du recours à la parole. A eux deux, ils donnent au film un souffle particulier et permettent aux spectateurs de ressentir, en profondeur, toute la fragilité et la force de ce duo, qui a permis autrefois l’immense succès de Footit et Chocolat.

Acteur avant de devenir réalisateur, Roschdy Zem donne une place importante aux seconds rôles. Olivier Gourmet, Frédéric Pierrot, Noémie Lvovsky, Clotilde Hesme tiennent leur place comme s’ils étaient le rôle principal et les frères Podalydès font un savoureux clin d’œil aux frères Lumière, par qui le cinéma est arrivé... L’ensemble devient incroyablement vivant, dans ce Paris d’autrefois où rejaillit la magie des décors et des costumes : qu’elle était belle l’époque où l’on pouvait porter des robes de dentelle somptueuses et boire du champagne dans des loges d’artistes décorées comme des bonbonnières !

Mais aujourd’hui comme naguère, le succès est une chose fragile et enivrante. Chocolat, tout éblouit par cette vie facile, ne sachant écouter ni les voix de la raison ni celles de ses frères noirs engagés dans un autre combat, étourdit par les bravos du public, va peu à peu retourner dans l’anonymat et la pauvreté qu’il avait si joyeusement quittées. Que l’on soit noir ou blanc, clown triste ou artiste comique, la célébrité n’est acquise pour personne. La grande force du film est, à travers l’histoire rocambolesque d’un jeune esclave devenu un artiste célèbre, de montrer le destin de tant d’artistes. Le public, qui raffole de nouveautés, a des engouements éphémères et la mémoire bien courte, aujourd’hui comme hier. Dans la très légère distance mélancolique qu’on sent dans le jeu des comédiens tout au long du récit, on devine que les acteurs de ce film en sont parfaitement conscients...

Avec Chocolat, Roschdy Zem se place dans la tradition de l’excellence du cinéma français, populaire et grand public, où les films de qualité sont un divertissement qui élève les spectateurs.

Magali Van Reeth

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