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Correspondances

mercredi 2 mars 2011, par SIGNIS France

(de Laurence Petit-Jouvet, Mali/France, 2010)

Lyon, 2 mars 2011 (Magali Van Reeth) - En France ou au Mali, des femmes ordinaires, toutes d’origine malienne, écrivent à leurs sœurs, leur famille, leur communauté. Paroles émouvantes de femmes qui ont osé changer de vie.

La réalisatrice française, Laurence Petit-Jouvet mêle le documentaire et le genre romanesque appelé "correspondance" pour parler des femmes maliennes. Elle le fait avec une mise en scène soignée et les participantes ont été longuement préparées. Les femmes qu’on voit dans le film ont participé à des ateliers audiovisuels où elles ont pu se familiariser avec la caméra, les techniques de cinéma et les exigences du spectateur.

Ainsi, il n’y a non seulement pas d’image volée dans Correspondances - ce qui est parfois gênant dans les documentaires - mais les femmes qui prennent la parole ont eu le temps de se préparer. Préparation minutieuse où elles ont pu réfléchir au choix du destinataire de la lettre, au style, aux mots utilisés et même à la présentation et à la représentation de cette missive. Toutes ont pu revêtir leurs plus beaux habits et ce détail à lui-seul montre tout le respect que Laurence Petit-Jouvet a pour ces femmes.

Car, qu’elles soient pauvres ou riches, occidentales ou africaines, qu’elles habitent en France ou au Mali, les femmes préfèrent toujours avoir eu le temps de s’habiller pour paraître sous leur meilleur jour face à une caméra. Il faut être un homme pour confondre "coquetterie" et "dignité"... En mettant une belle robe pour dire sa souffrance, une femme montre son courage et sa détermination, elle prouve qu’elle peut lutter, qu’elle ne désespère pas. C’est sans doute un des aspects le plus émouvant et le plus "vrai" du film.

Les lettres s’échangent de part et d’autre des frontières. En France, on parle de solitude, de conditions de travail, d’angoisse face aux papiers, de regrets. Au Mali, on évoque la pauvreté mais aussi les grands changements qui transforment la société, les projets à longs termes, l’espérance. Des paroles de femmes, libres de s’exprimer, qui vont bien au-delà des clichés habituels.

Pendant près d’une heure, on rencontre de vraies femmes et elles parlent de leur vie, avec soin et élégance. Elles utilisent des mots rares : "douceur" ou "bienveillance". Témoignages touchants et pudiques, filmés avec grâce, on prolongerait volontiers la correspondance.

Pour aller plus loin, extrait du dossier de presse de Correspondances qui permet de mieux comprendre la fabrication de ce film inhabituel :

Le titre du film n’est pas choisi au hasard puisque c’était bien une "correspondance" visuelle que voulait mettre en scène Laurence Petit-Jouvet initialement. Elle l’explique elle-même : "L’idée de départ était d’offrir à des femmes maliennes de Montreuil, Bamako et Kayes au Mali, la possibilité de participer à des ateliers de création audiovisuelle que j’encadrerais. L’objectif était de réaliser des “lettres filmées” autour du travail."

De son projet de départ, assez concret, la réalisatrice va s’apercevoir que beaucoup de matière réside dans ce qui n’est pas là : "Dès nos premières rencontres, j’ai senti la force de ces paroles qui ne s’expriment jamais. J’ai compris que mon travail consisterait surtout à les faire émerger en me mettant à l’écoute au plus près de ces femmes, les incitant chacune à aller vers l’essentiel." Elle a donc proposé aux femmes auxquelles elle s’intéressait, une méthode plus personnelle, plus intime, qu’elles ont accepté avec enthousiasme : "Lorsque je leur ai soumis la possibilité d’adresser leur lettre à une personne vivante ou disparue, peut-être même à un être imaginaire, j’ai senti que j’ouvrais des portes et des fenêtres."

Quand elle s’est rendue au Mali avec les paroles filmées de leurs parentes ou amies de Montreuil, Laurence Petit-Jouvet n’avait pas d’idée de la façon dont allaient réagir les femmes de là-bas : "Lorsque j’ai montré aux femmes de Bamako et de Kayes les lettres de Montreuil, je leur ai dit qu’elles n’étaient pas obligées d’y répondre. Je voulais qu’elles soient aussi libres que les femmes de Montreuil qui, elles, avaient toutes démarré avec la page blanche."
Ainsi, elle a eu la même surprise que les spectateurs de son film face à leurs différentes réactions : "Chacune est donc partie dans son univers personnel, à l’exception, et c’est un joli hasard, des deux doyennes qui font le même métier : à la lettre de Hawa Camara, la médiatrice de Montreuil, Doussou Traoré, la médiatrice de Kayes, a choisi de répondre directement."

En faisant ce voyage de Montreuil au Mali, la réalisatrice s’est aperçue que les préjugés étaient bien grands et souvent faux quant à l’opposition du Nord et du Sud, ce qu’elle souhaite montrer aux spectateurs : "Là-bas, la société bouge, les mœurs évoluent, comme partout. Alors qu’ici en France, lorsque les familles migrantes ont perdu contact avec leur région d’origine, lorsqu’elles sont isolées, mal accueillies par la société française, elles ont tendance à se recroqueviller sur elles, à se rattacher à des traditions qui n’ont plus cours au pays. Un exemple : alors que les femmes de Bamako choisissent leur mari depuis longtemps, le mariage forcé est en France encore trop souvent pratiqué."

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