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Daratt

mercredi 27 décembre 2006, par SIGNIS France

(de Mahamat-Saleh Haroun. France/Belgique/Tchad/Autriche, 2006, 1h35. Sélection officielle Venise 2006. Prix SIGNIS au Festival du film africain de Milan 2007)

Lyon, 27 décembre 2006 (magali van Reeth) - Au Tchad, il y a deux saisons : la saison sèche qui dure parfois toute l’année et la saison des pluies qui survient trop rarement. Comme une image de la guerre civile qui ravage ce pays depuis plus de quarante et où les trêves surviennent trop rarement.

Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun ne cherche pas à dénoncer les causes de ces absurdités meurtrières, ni à montrer les particularités de son pays. Avec Daratt, il s’attarde dans les replis du temps, lorsque la vengeance est à l’œuvre.

Atim est un jeune garçon, élevé par son grand-père depuis la mort de son père. Elevé dans l’idée d’une vengeance. Lorsque le gouvernement, dans un souci de reconstruction, déclare l’amnistie totale pour tous les criminels de guerre, le grand-père donne à Atim un pistolet avec l’ordre d’aller tuer celui qui a tué son père.

Plein de bonne volonté, Atim part pour la ville. Il se fait embaucher chez l’assassin de son père. Celui-ci est devenu boulanger de quartier et cherche à la mosquée une introuvable paix intérieure. C’est un homme fort, violent, qui veut se racheter par des gestes généreux mais qui est sans voix lorsqu’il s’agit d’avouer sa faute, de demander pardon. Il voudrait qu’on l’aime pour ce qu’il est devenu aujourd’hui, il tente d’oublier ce qu’il a été autrefois.

Confronté à la violence ordinaire de la ville et de la vie, Atim est fasciné par cet homme. Il pourrait être son père, il lui transmet son métier, l’appelle à l’aide. Le jeune homme ne sait plus que faire, sa main tremble lorsqu’il tient le pistolet dans sa main. Comment peut-on tuer un homme ? Au-delà du Tchad, Daratt dénonce l’escalade de la vengeance partout dans le monde, partout où il y a des hommes. Pourquoi le pardon est-il si difficile ? A demander, à donner ? Comment briser le cercle de la violence qu’une société transmet à ses enfants en parlant d’honneur, de mémoire, de respect et de droit ?

Porteur d’un message très fort et très clair, « le pardon est la seule victoire », Daratt est un très beau film, presque épuré, tant dans les paysages que dans les dialogues. Les acteurs sont animés d’une force étonnante, notamment Ali Bacha Barkaï qui joue le rôle d’Atim. Son regard, tour à tour chargé de haine et d’incompréhension, peut aussi transmettre la simple joie du travail accompli ou de la paix enfin trouvée. Mahamat-Saleh Haroun nous offre un très beau film, avec des images riches de sens et un questionnement universel.

Magali Van Reeth

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