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Dieu seul le sait - Heaven Knows, Mr Allison

vendredi 26 août 2016, par SIGNIS France

(de John Huston. Etats-Unis, 1957, 1h48)

Lyon, 26 août 2016 (Magali Van Reeth) – Filmé avec élégance et humour, la rencontre d’une religieuse et d’un soldat sur une île déserte et pleine de dangers, reste un film savoureux et attachant.

Sur une île du Pacifique, dans la tourmente de la Deuxième guerre mondiale, deux personnages se retrouvent seuls au monde et sont obligés de cohabiter. Allison, un caporal de l’armée américaine est le seul rescapé d’un naufrage et sœur Angela a été abandonnée par ses compagnons de voyage. Les bombardements et les débarquements des Japonais les obligent à se cacher et à cohabiter dans un espace exigu, en attendant l’arrivée des Américains.

Dans les classiques proposés au cours de l’été par les salles commerciales, il est toujours amusant de porter un regard neuf sur des films anciens et de constater ce qui a changé. Une dizaine d’années après la fin de la Deuxième guerre mondiale, on pouvait encore montrer les Japonais comme un ennemi à assassiner sans remords, un peuple un peu stupide dans la conduite du conflit qui laisse ses vivres et ses armes sans surveillance. C’est bien pratique pour démontrer la supériorité des Américains et une vision romanesque de la guerre où les héros ne sont blessés qu’à l’épaule...

Mais on est agréablement surpris par le jeu très naturel de Robert Mitchum et Deborah Kerr, notamment lorsqu’il doit jouer les ivrognes ou qu’elle rougit d’effroi, de doute et de plaisir. Le réalisateur trouve souvent une mise en scène qui évite la lourdeur explicative, comme dans la dernière scène où le héros sait rester modeste et la religieuse provocante alors que leur destin commun est déjà scellé. On jubile quand Allison est coincé dans le garde-manger avec un rat pendant que deux soldats japonais éméchés disputent d’interminables parties de go.

Si, à l’époque, de nombreux critiques ont reproché à John Huston le traitement puritain de cette histoire d’amour, et si aujourd’hui encore certains pensent que seule la censure a empêché le réalisateur d’en filmer un dénouement physique, le film est sans doute devenu un classique grâce à la sensibilité délicate avec laquelle il orchestre finement l’attraction obligée entre ces deux êtres.On apprécie l’élégance et la détermination de ces deux jeunes gens. Lui, enfant cabossé et un peu voyou à qui l’armée a donné une discipline rigoureuse et un respect sans faille pour les civils qu’on doit protéger ; et elle, novice déterminée dans sa vocation et son engagement mais sans niaiserie, dont les réparties sont à la hauteur de son sourire plein de charme.

Chacun est lié par un engagement solennel, lui à l’armée américain et à son esprit de corps, elle à sa vocation qui la lie au Christ. Pourtant, au creux de la grotte-matrice qui les protège du danger extérieur et où ils veillent tendrement l’un sur l’autre, ils sont tous les deux libres de renoncer à cet engagement : ce qui rend encore plus précieux leur refus de transformer en banale histoire de couple leur rencontre improbable. On peut se respecter et s’aimer sans se posséder ni asservir l’autre, c’est le sens théologique de la chasteté, que portent superbement à l’image Robert Mitchum et Deborah Kerr dans Dieu seul le sait.

Magali Van Reeth

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