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Durak/L’Idiot ! (prix œcuménique Locarno 2014)

lundi 7 décembre 2015, par SIGNIS France

(de Yuri Bykov. Russie, 2014,1h52. Festival de Locarno, prix de la meilleure interprétation masculine pour Artem Bystrov et prix du jury œcuménique)

Lyon, 7 décembre 2015 (Michèle Debidour) – Le réalisateur s’en prend à la corruption qui gangrène son pays. Mais l’histoire laisse à espérer qu’il reste, en Russie, des indignés capables de prendre tous les risques simplement parce que leur conscience n’est pas anesthésiée.

Dmitri est plombier chargé de l’entretien des HLM. Alerté pour l’explosion d’une canalisation, il découvre que l’immeuble miteux présente de bas en haut une faille qui s’élargit et menace l’équilibre de la construction. La nuit suivante, convaincu de l’imminence du danger, il décide de prévenir les élus pour que l’immeuble soit évacué. Mais ils sont tous occupés à fêter l’anniversaire de madame le maire…

L’action centrée sur cette course contre la montre se déroule en une seule nuit et presque en un seul lieu. C’est dire que ce scénario a la sobriété et l’intensité d’une tragédie classique. Dmitri en est le personnage principal que nous suivons alternativement dans sa famille et dans l’immeuble menacé d’effondrement. En famille, on le voit solidaire de son père tandis que sa mère et sa femme le supplient d’être plus réaliste. Il s’acharne en effet à préparer le concours d’ingénieur, s’imaginant naïvement qu’il suffit d’être le meilleur pour obtenir le poste. Dans le HLM l’ambiance est explosive : les taudis retentissent des disputes et des vociférations de pauvres gens qui se réfugient souvent dans l’alcool. Mais il en faudrait plus pour décourager Dmitri, décidé à sauver ces habitants même malgré eux…

Yuri Bykov n’en est qu’à son 3ème long métrage mais il a déjà une thématique de prédilection : la corruption qui gangrène son pays. Tourné en même temps que le Léviathan de Zviaguintzev, il a été moins distribué et n’a pas suscité autant de polémique. L’histoire, moins subtile, laisse à espérer qu’il reste, en Russie, des indignés, des personnes capables de prendre tous les risques simplement parce que leur conscience n’est pas anesthésiée par la peur du pouvoir ou l’alcool. Pour autant, le tableau est très noir et l’on sent le jeune réalisateur en proie à la rage face à l’incurie des responsables et à leur mépris des pauvres, ces "cloportes" et cette histoire d’immeuble qui s’écroule a valeur de parabole. Cependant, la peinture n’est pas manichéenne car les habitants de l’immeuble ne valent finalement guère mieux que ceux qui les exploitent. Au moins ont-ils l’excuse de vivre dans des conditions indignes ! Et les fonctionnaires corrompus sont capables de manifester, à l’occasion, qu’ils ont encore une âme ouverte à la rédemption.

La réalisation n’est pas sans défaut : théâtrale, reposant principalement sur le jeu appuyé de notre héros et la musique dramatique assez envahissante. Mais le montage, efficace, est celui d’un thriller qui nous tient en haleine et nous réserve un dénouement inattendu. Et cet idiot est une figure attachante. Heureux les cœurs purs !

Au Festival de Locarno où ce film était en compétition officielle en 2014, avec le titre russe Durak, il a reçu le prix du jury œcuménique.

Michèle Debidour

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