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El Club

mardi 17 novembre 2015, par SIGNIS France

(de Pablo Larrain, Chili, 2015, 1h37. Grand prix Berlinale 2015. Festival Mar del Plata, prix de la meilleure interprétation masculine pour l’ensemble des acteurs du film)

Lyon, 18 novembre 2015 (Magali Van Reeth) - Par crainte du scandale médiatique, des prêtres chiliens sont mis à l’isolement. Quitte à risquer d’autres scandales dont seul le spectateur sera témoin et juge.

Le film débute par une citation de la Genèse : "Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres". Puis la scène d’ouverture montre un homme qui entraîne un chien de course en le faisant tourner sans fin autour d’un leurre qu’il tient au bout d’une perche. Libre à chacun d’interpréter cette image : le réalisateur chilien Pablo Larrain, tout au long du film, donne des pistes sans jamais contraindre le spectateur dans une interprétation simpliste.

Il y a une maison jaune, sans charme particulier, sur les hauteurs surplombant l’océan où vit un groupe de personnes que les représentants officiels de l’Eglise catholique veulent tenir à l’écart du monde. Prêtre pédophile, aumônier militaire ayant couvert des exactions terribles, curé de paroisse redistribuant les enfants des jeunes filles pauvres aux riches familles stériles, ils ont commis des crimes en pensant bien faire et malgré cette mise à l’isolement, ne comprennent pas vraiment ce qu’on leur reproche. Une femme aussi pour s’occuper d’eux, dont la douceur et le dévouement cachent à peine le plaisir qu’elle éprouve à jouer ainsi les gardiens de prison.

Si la situation décrite est inspirée de faits réels, le déroulement et le dénouement de l’histoire relèvent eux de la fiction. Réalisé avec talent, ce film pourra mettre mal à l’aise certains catholiques. Il est pourtant nécessaire pour le réalisateur - qui connaît bien le fonctionnement interne de l’Eglise catholique au Chili - de dénoncer ainsi le comportement de ces individus qui, en voulant agir au nom de Dieu, n’agissent que pour eux-même et sèment la confusion parmi tous les croyants. La violence qui traverse le film fait écho à la violence subie par les victimes directes de ces agissements, mais aussi à celle ressentie par ceux qui se sont sentis trahis par les comportements ignobles de personnes en qui ils avaient toute confiance.

Le réalisateur montre la souffrance des victimes. Une souffrance criée à la porte de la maison jaune par un homme victime d’agissements abjects, en proie à la folie. Des mots jetés dans le désordre mais terribles et précis. Le film montre aussi à quel point ces prêtres et cette ex-religieuse, mis à l’écart, sont incapables de reconnaître la teneur de leurs actes. Ils ont franchi une limite qui les met en dehors des codes et des valeurs de l’institution dont ils sont issus, en dehors des règles de la société. Il est clair que ces hommes n’ont pas comparu devant la justice civile de leur pays et aucune raison n’est explicitement donnée dans le film.

L’arrivée d’un prêtre, mandaté par l’Eglise officielle, et chargé de leur faire prendre conscience de l’ampleur de leurs acte, ne changera pas l’absence de culpabilité de ces hommes. Mais le déroulement du récit peut se concentrer sur les codes de la fiction, pour aboutir à une conclusion que chacun est libre d’interpréter selon sa sensibilité et sa connaissance des rouages de l’Eglise catholique.

Malgré la proximité de l’océan, les courses de lévriers et les rares incursions dans le village, Pablo Larrain construit un huis clos étouffant et sidérant. Il n’accable aucun des personnages et la caméra laisse toujours un espace où le spectateur peut décider par lui-même de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent. Les scènes de discussion avec le père Garcia se déroulent toutes dans la pleine lumière matinale, alors que les rares sorties dans le monde extérieur se font de nuit ou par temps gris. Tous les acteurs sont remarquables, à la fois pour exprimer l’incompréhension, le désordre psychologique ou l’abattement. Il y a aussi une très belle photo, à peine floutée, aux teintes sombres, comme si le beau et le sale étaient en perpétuel combat. Comme si l’ombre et la lumière se déchiraient...

Prenant appui sur la dénonciation de ces comportements mortifères, le réalisateur construit une œuvre de fiction, à l’aide d’un scénario subtil et puissant, au dénouement machiavélique. Une fois parti le père Garcia, celui qui voulait montrer le droit chemin et éviter le scandale, on peut penser que la pénitence commence vraiment dans la maison jaune au bord de l’océan...

Magali Van Reeth

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