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Frantz

lundi 12 septembre 2016, par SIGNIS France

(de François Ozon. France/Allemagne, 2015, 1h53.)

Lyon, 12 septembre 2016 (Magali Van Reeth) – Dans une Europe blessée par la folie meurtrière de la Première guerre mondiale, deux jeunes gens tentent de se reconstruire, entre culpabilité, mensonge et pardon.

Une nouvelle fois, creusant le sillon d’une riche filmographie, François Ozon montre qu’il sait faire des films de genres très différents. Comédie musicale, drame intimiste, science-fiction, chronique de mœurs, il saute avec plus ou moins de réussite d’un genre à l’autre. Avec Frantz, c’est un drame historique, au sortir de la Première guerre mondiale, avec costumes d’époque et reconstitution de scènes de bataille, qui restera sans doute comme l’un de ses meilleurs films.

Si la bande annonce est (volontairement ?) trompeuse et fait écho aux précédents films du réalisateur, elle donne toutefois un avant-goût de l’excellente qualité de la photo, signée Pascal Marti. Le noir et blanc sied bien à l’évocation du deuil dans lequel était plongée une grande partie de l’Europe et les rares passages à la couleur se font dans des gammes chromatiques, douces et sourdes, renforcent l’aspect mélancolique des souvenirs qu’on s’invente. Le scénario est directement inspiré du film d’Ernst Lubitsch, qui lui-même reprenait la trame d’une pièce de Maurice Rostand.

Pacifiste convaincu, le dramaturge français Maurice Rostand écrit la pièce L’homme que j’ai tué en 1930. Depuis les Etats-Unis, le réalisateur allemand Ernst Lubitsch l’adapte au cinéma sous le titre Broken Lullaby en 1932. Comme quoi, l’idée d’une Europe unie et pacifiée est ancrée depuis longtemps dans les relations franco-allemandes. Les trois versions de cette œuvre évoquent la culpabilité d’un jeune soldat français qui le pousse à retrouver les parents du jeune soldat allemand qu’il a tué. Pour leur demander pardon. C’est un portrait de deux pays déchirés par la guerre. Une guerre décidée par les pères qui, au nom du devoir et du patriotisme, ont poussé leurs fils à prendre les armes. Et à mourir face à face, amoureux d’une même musique, frères d’une même culture, d’une même civilisation.

Le film de François Ozon souligne bien cette absurdité et on frémit devant les scènes de cabarets lorsque les hymnes nationaux sont entonnés par esprit de revanche et de vengeance. Le réalisateur modifie cependant le cours de l’histoire initiale, renforçant le rôle du mensonge, en lui donnant de surprenantes ramifications. Il s’appuie sur deux excellents comédiens, Pierre Niney dans le rôle d’Adrien Rivoire et Paula Beer qui donne à Anna une maturité et une détermination puisée dans la souffrance et sa grande sensibilité pour ceux qu’elle veut protéger. Anna est le personnage principal du film. Elle est toujours en mouvement, gravissant les marches, traversant le cimetière, arpentant les musées, prenant le train, un fiacre, une voiture, revenant en arrière et toujours d’un pas déterminé, faisant claquer le talon de ses bottines sur les pavés de son chemin.

Les hommes vont à la guerre, les femmes les pleurent. Ils tirent, elles les enterrent. A l’armistice, ils sombrent dans la folie, elles remettent le monde en marche. Entre la France et l’Allemagne, l’Europe devra se reconstruire, se déchirer encore, recommencer à y croire. Anna sera une héroïne, pour avoir su se relever tant de fois, pour croire encore dans la vie et dans l’amour.

Magali Van Reeth

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