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Ida (prix oecuménique Varsovie 2013)

mercredi 12 février 2014, par SIGNIS France

(de Pawel Pawlikowski, Pologne/Danemark, 2013. Prix œcuménique au Festival du film de Varsovie 2013)

Lyon, 12 février 2014 (Magali Van Reeth) - Une jeune femme, à la veille de prononcer ses vœux, découvre l’histoire de sa famille et de son pays. Un film où l’esthétique épurée permet de tenir le drame à distance.

Pologne, 1962. Ida a grandi dans un orphelinat puis dans un couvent. C’est une très jeune femme et, avant de prononcer ses vœux définitifs, la mère supérieure l’envoie rencontrer sa tante Wanda. C’est la seule famille qui lui reste. Mais Wanda est une femme fantasque, peu soucieuse des conventions, qui cache son chagrin dans l’alcool. Elle bouscule Ida mais l’accompagne dans ses recherches et lui permet finalement de choisir pleinement sa vie.

Après deux films assez intrigants, My Summer of Love (2004) et La Femme du Vème (2011), le réalisateur trouve une forme épurée pour évoquer des sujets sensibles. Il y a bien sûr l’itinéraire d’Ida, dont on voit tout de suite la fragilité de sa jeunesse face à l’exigence d’une vie religieuse mais Pawel Pawlikowski ne veut pas seulement filmer son trouble au moment de s’engager. Il ne veut pas oublier l’histoire de son pays pendant la Deuxième guerre mondiale, lorsque les juifs polonais ont été massacrés par leurs compatriotes : "l’Église catholique était le socle de l’identité nationale polonaise. Et cela s’est encore renforcé durant la période communiste. Historiquement, c’était compréhensible, mais d’un autre côté, cela a limité, voire déformé la foi chrétienne chez les Polonais, en lui donnant un aspect tribal et exclusif, en oubliant ce qui est transcendantal et universel dans le christianisme. A travers le personnage d’Ida, je voulais explorer cette question-là."

Filmé en noir et blanc, dans un format carré qui resserre le cadre et élimine le spectaculaire, le film est très esthétique. La jeunesse et la beauté presque enfantine d’Ida s’en trouvent rehaussées, alors qu’on a l’impression d’être au plus près de son intimité. Lorsqu’elle ôte enfin son voile, nous sommes presque gênés de la surprendre ainsi. Pawel Pawlikowski suggère beaucoup et montre peu, comme dans la scène de la forêt où Ida trouve la preuve matérielle de l’existence de ses parents. En faisant le vide dans le cadre, il donne corps au silence. Silence de l’Histoire et silence d’une foi qui doute. L’émotion, comme la mort, est discrète. Elle n’en est pas moins réelle et troublante pour ceux qui la ressentent.

Agata Kulesza (Ida) et Agata Trezbuchwoska (Wanda) donnent une très belle interprétation de leur personnage. A la limpidité d’Ida, qui n’a même pas conscience du trouble qu’elle provoque chez les autres, s’oppose la complexité de Wanda, élégante, frondeuse et déterminée qui va peu à peu laisser échapper les fissures du passé, jusqu’à se briser vraiment.

Et après ? demande Ida au séduisant jeune homme qui vient de lui faire découvrir le jazz et qui n’aime pas les serments. Et après ? un mariage, un chien, des enfants... Ida sait alors qu’elle est prête pour une autre vie.

Au Festival du film de Varsovie 2013, ce film a obtenu le prix du jury œcuménique.

Magali Van Reeth

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