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Ixcanul (prix oecuménique Kiev 2015)

mercredi 25 novembre 2015, par SIGNIS France

(de Jairo Bustamante, Guatemala/France, 2015, 1h31. Sélection au Festival de Berlin et de Mar del Plata. Prix œcuménique au Festival de Kiev 2015)

Lyon, 25 novembre 2015 (Magali Van Reeth) - Profondément ancrée dans la réalité du Guatemala, ce film a aussi une portée universelle en parlant de ce qui unit toutes les familles.

Maria a 17 ans et vit dans un petit village reculé du Guatemala. Dans sa communauté maya cakchiquel, personne ne parle espagnol et les artifices et les progrès du monde contemporain semblent bien loin. Maria et ses parents travaillent dans une exploitation de café et vivent dans une maison très simple. Elle a un petit ami, Pepe, ouvrier comme eux mais doit se marier avec Ignacio, contremaître à la plantation. Avec ces éléments romanesques rebattus, Jairo Bustamante fait un film délicat et surprenant. Né lui-même au Guatemala, il a été formé au cinéma en Europe et Ixcanul est une co-production remarquée dans plusieurs grands festivals internationaux.

Le film montre des personnages évoluant dans un univers encore très imprégné de la culture indigène. Pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de syndicats pour les ouvriers du café mais de l’alcool qui circule. Les femmes portent des vêtements traditionnels usés mais colorés. Toute la communauté villageoise vit au rythme de la nature et respecte profondément le volcan et les serpents. A la fois objets de dévotion, sacrés, respectés et craints pour leur pouvoir maléfique. Le volcan peut exploser, les serpents peuvent tuer.

Jamais pourtant le récit ne tend vers le documentaire et le film sort très vite des sentiers battus de la narration à l’occasion d’une grossesse non désirée. On réalise alors que le personnage principal n’est pas Maria mais sa mère. Une femme écartelée entre l’amour maternel et ses convictions profondes, déterminée à se battre sur tous les fronts, avec une fougue maladroite. Sans éducation, elle a une intelligence du cœur qui lui permet de reconnaître ses erreurs et de soutenir sa fille. L’affection qui unit cette famille dans l’adversité est poignante.

Le soin apporté à la photo et au cadre offre quelques très belles scènes. Celle où la mère et la fille sont ensemble dans la cabane qui sert de salle de bain est impressionnante. La tendresse des gestes de la mère massant le corps de sa fille est soulignée par la légèreté lumineuse de la lumière se reflétant sur leurs peaux, alors que le reste de la pièce est plongé dans le noir. Au contraire, lorsqu’elles vont prier au volcan, le brouillard qui flotte sur le noir des pierres de lave et laisse entrevoir les bougies, statuettes et fanions, soulignent les rites de ces femmes qui puisent leur foi autant dans les rites indiens que dans la religion chrétienne. Même dans les scènes provocantes qui montrent Maria tourmentée par une sensualité en éveil, ou se donnant par défi à un homme trop alcoolisé, la caméra le fait avec pudeur.

Au second plan, mais sans s’appesantir, Ixcanul dénonce l’utilisation des produits phytosanitaires utilisés sans discernement et qui empoisonnent l’eau et la terre ; les ravages de l’alcool et du manque d’éducation ; la difficulté de faire entendre sa voix quand on ne parle pas la langue de ceux qui maîtrisent les rouages administratifs ; l’attrait d’un ailleurs, ici le mythe des Etats-Unis où la vie sera forcément plus belle. Un pays qui fascine mais qui vole ses enfants au peuple guatémaltèque.

Avec ce premier film Jairo Bustamante montre qu’il n’oublie pas ses origines et qu’il est un grand réalisateur en devenir. Au Festival de Kiev (Ukraine) où le film était en compétition, il a reçu le prix œcuménique.

Magali Van Reeth

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