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Julieta

vendredi 20 mai 2016, par SIGNIS France

(de Pedro Almodovar. Espagne, 2016, 1h39. Sélection officielle Festival de Cannes 2016.)

Lyon, 20 mai 2016 (Valérie de Marnhac) - Pour Julieta, présenté en compétition officielle au 69° Festival de Cannes, Pedro Almodovar a gardé son sens de la photo, son esthétisme de movida et son talent pour le casting féminin mais a perdu le souffle baroque de ses précédents films. Il tisse autour de son héroïne une sombre et habile histoire familiale, où l’amour, la vie et la mort se côtoient toujours de près mais où il semble parfois contraint par son sujet.

Alors qu’elle s’apprête à quitter Madrid pour s’installer au Portugal, Julieta croise Bea, l’amie de sa fille Antia dont elle n’a plus de nouvelles depuis douze ans. Ebranlée par cette rencontre fortuite qui va bouleverser ses plans, elle se décide à lui écrire une longue lettre dans laquelle elle lui confie leur histoire et ses non-dits. Abordant les thèmes de la culpabilité et de la filiation, Almodovar esquisse une transmission sur quatre générations où l’histoire se répète de mère en fille mais où la parole – ici écrite et lue - va tenter, en se rapprochant de la vérité, de briser le cycle.

Est-ce en réaction aux excès et aux critiques de son dernier film Les Amants passagers ou le début d’une nouvelle lecture de vie, à plus de 65 ans, mais Pedro Almodovar ne nous avait pas habitués à autant de sagesse, voire parfois de conformisme, dans ses films. La construction de Julieta est impeccable mais très formelle (flash-back, voix off épistolaire) et nous offre parfois des plans à la symbolique un peu convenue (cerf surgissant dans la nuit en parallèle de la rencontre amoureuse, ciel orageux en préfiguration de l’accident dramatique, photo déchirée puis recollée façon puzzle en illustration de la reconstruction d’une relation…).

Pourtant et malgré ces réserves, il nous entraîne dans une histoire que nous suivons avec suspense et où il place le spectateur face à de nombreuses questions universelles. Quelle responsabilité avons-nous dans la disparition d’êtres chers ? Peut-on construire sa vie en faisant table rase du passé ? Que transmet-on à nos enfants malgré nous ?

La grande réussite du film repose surtout sur les nombreux parallèles entre les époques et les personnages comme, par exemple, lorsque Julieta ne peut pardonner à son père une situation amoureuse qu’elle vit pourtant de son côté de façon quasi identique. Et c’est lorsque sa fille lui confie enfin ses souffrances qu’elle parvient à accepter ses propres erreurs. Le dernier plan sur un paysage ouvert de montagnes remplaçant le lourd rideau rouge théâtral initial veut en effet nous laisser croire à un avenir réconcilié possible.

Valérie de Marnhac

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