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Juste la fin du monde (prix oecuménique Cannes 2016)

mercredi 21 septembre 2016, par SIGNIS France

(de Xavier Dolan. Canada/France, 2015, 1h35. Sélection officielle Festival de Cannes 2016, Grand prix du jury et prix œcuménique)

Lyon, 21 septembre 2016 (Cindy Mollaret) - C’est à travers les non dits, les cris et les regards que se loge l’histoire d’une famille, où l’on tait l’amour que l’on se porte, où l’on crie pour ne pas révéler l’essentiel.

Louis. Il a quitté une famille qui retient colère et chagrin, Il est parti pour ne pas remplacer l’absence d’un père dont on ne saura rien. 12 ans loin d’eux pour trouver sa place, se réconcilier et accepter la finitude, la sienne. Xavier Dolan a les clés. Il sait que la transformation d’un être et la compréhension qu’il a de sa lignée, jaillit sur le reste de ses proches. Il sait que le pardon et l’individuation s’inscrivent dans la durée, que rythme le coucou d’une pendule. Il sait que le temps est compté. Il connaît la parabole du fils prodigue, aussi bien que Jean-Luc Lagarce, le dramaturge qui a écrit la pièce dont le réalisateur s’est inspiré pour le scénario du film.
Comme John Cage, loquace et agité et qui après avoir découvert le zen, a intégré le silence à son œuvre, l’écrivain revient, sans se dire. Son visage recèle autant de vie que les cris de son frère, autant de vérité que les larmes de sa sœur. Ce qui ne peut être prononcé s’entend à travers les regards, se glisse jusque dans les mots qui s’entrechoquent, se heurtent, jusque dans la parole qui empêche toute rencontre avec l’autre. 

"La fin du monde" ou la fin d’un monde ? Le rapport à l’universalité est d’abord logé dans le titre. "Juste", affirmation tragique et ironique ? Annoncer à ses proches qu’il mourra avant eux, un secret que la brièveté et la longueur des phrases révèlent peu à peu. 
Les repères et l’ambiguïté que nous offre le prologue, interrogent le rapport à l’existence quand le temps est compté. L’écriture poétique, sur les lèvres de chacun, offre le dénouement dès les premières minutes : Louis annonce qu’il va disparaître, et ses mots semblent lui conférer la volonté de célébrer la vie, de laisser chez ceux qui resteront le désir de vivre et de croire en la beauté de l’existence.

L’incommunicabilité, la culpabilité liée à l’absence d’un parent, l’amour, la mort, les silences et les visages... Une partie de ce qui donne accès à un autre est superbement filmé dans ce huis clos familial. "Dès lors qu’autrui me regarde, j’en suis responsable" écrivait Lévinas. C’est de cette humanité dont il est question dans l’expérience que fait le spectateur en découvrant ce récit, expérience éthique, et expérience de la transcendance. La vulnérabilité d’un visage, "théâtre de la peau" quand il est filmé de la sorte et qu’il envahit l’écran. L’accès qu’il donne au sacré et à l’infini, promesse qu’aucun mot ne saurait formuler.

"Sismographe de l’émotion", Xavier Dolan n’en finit pas de nous émouvoir. Quel honneur de décerner le prix œcuménique au film Juste la fin du monde lors du festival de Cannes ! Un prix qui récompense les qualités artistiques, humaines et spirituelles d’une œuvre qui permet aux spectateurs de grandir en humanité, de décaler leur regard pour avoir une compréhension plus large de l’Homme, et de leur propre existence.

Cindy Mollaret

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