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Knights of Cups

vendredi 11 décembre 2015, par SIGNIS France

(de Terrence Malik, Etats-Unis, 2015, 1h58. Berlinale 2015)

Lyon, 11 décembre (Cindy Mollaret) - Expérience philosophique et spirituelle, le nouveau film de Terrence Malik est une ode à la vie, un poème organique et filmique où le Beau est logé jusque dans la mélancolie.

D’aucuns y verraient une œuvre désertée par le divin. En deça de cette croyance, ce sont les mots qui ont déserté les corps, celui de ce scénariste dont les déambulations élégiaques se heurtent à la furie du monde et à ses extravagances. La voix qui tisse le récit ouvre en chacun la promesse d’un guide à l’intérieur de soi.

"Trouve le chemin qui mène de l’obscurité à la lumière." C’est Emmanuel Lubezki, le chef opérateur des derniers films de Terrence Malick, qui répond superbement à cette injonction. L’immensité des espaces que les décadrages ne pourront jamais saisir et que le grand angle parvient à illustrer, nous rappelle que Terrence Malick est un cinéaste de la nature, de la cosmogonie, de l’absolu. Un cinéaste que la philosophie a d’abord guidé, avant qu’il ne réalise les 7 longs métrages dont il est l’auteur. L’eau traverse son œuvre, enfermée dans un aquarium, source d’émerveillement, guérisseuse et libératrice.

Que reste-t-il des havres de paix que sont l’enfance et la nature au milieu des temples de vanité ? Est-ce la mort d’un être cher qui remet du sens là où les désirs comblés et le divertissement masquaient le vide ? "Tu ne veux pas l’Amour mais une expérience d’amour" lui souffle l’une des voix qui souligne la vacuité de son existence. "Quelle route prendre ? " "Comment trouver mon chemin ?" La main comme guide, la main comme caresse, la main qui transforme et laisse une trace, la main qui apaise les corps meurtris.

Les arts divinatoires, que préparent le titre, divisent le récit en chapitres et donnent un éclairage spécifique : "Knight of cups", le "chevalier des coupes", artiste en quête d’amour, récit d’une quête existentielle : celle d’un homme que les femmes parviennent à guider. Les femmes dont les corps sont travaillés par la nostalgie de l’envol, aériennes, insaisissables. Le divin est caché partout, il faut seulement relire les écrits d’Etty Hillesum pour le ressentir jusque dans la chair : "Partout où s’étend le ciel on est chez soi. En tout lieu de cette terre, on est chez soi, lorsqu’on porte tout en soi."

"Debout sur le sol dénudé, la tête baignée par l’air vif, transporté par l’espace infini, tout égoïsme mesquin disparaît." Emerson

Cindy Mollaret

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