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Kubo et l’armure magique

jeudi 22 septembre 2016, par SIGNIS France

(de Travis Knight. Etats-Unis, 2016, 1h42.Pour tout public à partir de 10 ans.)

21 septembre 2016 (Magali Van Reeth) - Depuis une dizaine d’années, l’Europe produit des films d’animation de qualité qui tranchent avec les grandes productions commerciales destinées au jeune public. Aux Etats-Unis aussi, le studio Laika fait le pari de la qualité, tant sur la forme que dans le récit. Et Kubo, leur nouveau long-métrage est une véritable pépite !

Dans le Japon médiéval, un petit garçon désorienté par la mélancolie de sa mère et la disparition de son père, doit affronter toutes sortes d’épreuves et s’armer contre les dangers de la vie... Comme dans les contes antiques, il faut quitter son cocon, se méfier de sa propre famille pour devenir soi-même, devenir adulte. Pour Kubo, il faudra aussi choisir entre le monde des illusions, aveugle et glacé mais où rien ne peut vous atteindre, et le monde des humains, avec ses drames, ses malheurs mais aussi le souffle de l’amour qui permet de tout changer.

Ce décor du Japon médiéval a a fortement inspiré le réalisateur Travis Knight. Dans le scénario où souffle l’esprit des samouraïs, l’art des papiers pliés et le son enchanteur du shamisen (guitare à trois cordes), mais aussi dans la création des personnages animés. Des femmes au visage de porcelaine ont la transparence glacée qui sied bien aux sorcières, les vêtements de soie sont chatoyant à l’écran et on sent le grain du papier des origamis sur nos doigts. Les personnages sont des marionnettes animées, soigneusement vêtues, aux visages si expressifs qu’on devine la moindre émotion. C’est un film où il y a de la profondeur dans presque tous les plans. La mise en scène regorge de petits détails (le bruit des baguettes de bambou sur le rebord d’un bol en terre cuite), prend soin de tous les protagonistes (même les méchants ne s’évaporent pas dans un non-dit faussement pudique). Une mise en scène expressive, même dans les moments de contemplation.

Dès l’ouverture du film où un bateau affronte une mer démontée, le spectateur est saisi par la beauté furieuse des éléments naturels. Une immense vague marine menace d’engloutir le navire où une femme semble défier l’océan. Référence au peintre japonais Hokusaï, au miracle biblique de la mer Rouge, aux mythes universels de l’homme face à la fureur de la mer. Il y a dans les décors naturels, de neige ou de forêts de séquoias, une puissance palpable, du sublime. De la magie aussi, comme lorsque Kubo joue de la musique et que les papiers pliés s’animent, pour ravir les spectateurs, qu’ils soient dans le film ou dans la salle. Et bien évidemment, il y a des monstres, des méchants, des horreurs. Pour Kubo, rester dans le monde des humains, c’est trouver le courage, la ruse, la force, l’intelligence et les alliances qui lui permettent de vaincre ses ennemis et de grandir dans le monde que ses parents ont voulu pour lui. Un monde où on peut voir l’âme au fond des yeux de ceux qu’on aime, où on peut rire et trembler pour une histoire de personnages en papier plié.

On apprécie aussi que le récit ne fasse pas l’impasse sur la mort, et que justement, pour dire la réalité du monde des humains, il en montre la détresse et la douceur. Des lumignons lancés sur l’eau d’une rivière au crépuscule évoquent le souvenir des disparus qui continuent de vivre en nous. Cette belle et douce image poétique clôt le film et hante longtemps les spectateurs. Mais parce que certaines bagarres entre Kubo et ses ennemis sont assez violentes, et très sonores, et parce que les monstres affrontés peuvent être terrifiant pour les très jeunes enfants, le film s’adresse plutôt aux spectateurs à partir de 10 ans.

Magali Van Reeth

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