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L’Hermine

lundi 23 novembre 2015, par SIGNIS France

(de Christian Vincent. France, 2015, 1h38. Venise 2015, compétition officielle. prix d’interprétation masculine pour Fabrice Luchini et prix du meilleur scénario.)

Lyon, 23 novembre 2015 (Magali Van Reeth) - Entre les rouages quotidiens de la justice et la transformation d’un homme touché par la Beauté, le film aborde avec un ton en apparence léger des sujets qui ne le sont pas.

Ceux qui iront voir L’Hermine attiré l’acteur Fabrice Luchini seront probablement surpris et un peu déçus. Il n’y a rien de comique dans ce personnage de président de cour d’assises et si certaines scènes sont savoureuses, il est difficile de considérer le film comme une comédie. Le réalisateur Christian Vincent travaille avec une rare élégance et, sous une apparence très anodine et avec un récit simplissime, aborde des sujets plus profonds.

Michel Racine est président de la cour d’assises de Saint-Omer, petite ville du Nord de la France. Avec quelques scènes peu bavardes et très ancrées dans le quotidien, le réalisateur montre un homme solitaire, enfermé sur lui-même. Cet homme a deux facettes. Dans la vie professionnelle, il est le représentant du pouvoir, le juge, celui devant qui on se lève, celui qu’on craint et respecte. Dans le privé, il entre chez lui par la cuisine et la femme de ménage le houspille parce qu’il salit le carrelage qu’elle vient de laver. Contraste forcément savoureux et que Fabrice Luchini joue sans outrance.

L’hermine du titre fait référence à la fourrure qui orne la robe rouge des magistrats, dont la blancheur est synonyme de pureté et d’innocence. Le film montre le déroulement d’un procès et fait, comme par inadvertance, le portrait un peu cruel de ces jurés tirés au sort parmi les citoyens français inscrits sur les listes électorales. Un médecin mais aussi des chômeurs, des femmes au foyer, des gens simples qui n’ont aucune compétence dans le fonctionnement de la justice et dont les conversations sont souvent affligeantes et très éloignées de la compréhension du crime dont ils ont à débattre.

Comme au théâtre, la mise en scène de la justice est très codifiée et très impressionnante. Il y a les costumes de certains personnages, la place très précise des protagonistes, le vocabulaire qu’on doit utiliser, les entrées et sorties avec des règles précises, et malgré tout cela (ou à cause de tout cela ?), la tension et l’émotion sont souvent présentes. Mais dans ce film, "Il n’y aura pas de coup de théâtre" annonce le président de la cour d’assise aux jurés et donc aux spectateurs. Et entre deux portes, pendant une suspension de séance, il rappelle que le rôle de la justice n’est pas de faire éclater la vérité mais de rappeler à tous ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

Dans l’une des premières scènes du film, Michel Racine découpe une pomme et y trouve un ver. Selon l’expression populaire, quand le ver est dans le fruit, les choses vont se gâter. Dans le film aussi, ce personnage si dur avec lui-même et avec les autres, va se laisser corrompre par la compassion et la douceur... Il lui suffit de revoir le visage de celle qui, dans un moment de grande souffrance, a eu pour lui des gestes de tendresse et d’apaisement, pour qu’il se laisse transfigurer par la Beauté de ce visage. Ce n’est pas seulement une question d’esthétique, même si l’actrice Sidse Babett Knudsen est vraiment très belle. Le réalisateur qui, jusqu’alors ne filmait que le président et son procès, prend soin de montrer ces actes de tendresse et de compassion qui peuvent bouleverser des malades et en guérir d’autres. Michel Racine la trouve belle parce qu’il sait combien sa simple présence est apaisante, consolante, rassurante, parce qu’elle est "aimable". Sous le regard pétillant et doux de cette femme, il devient plus humain, touché par la grâce.

Magali Van Reeth

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