ACCUEIL >Nos actions >Cinéma >Critiques

L’Origine de la violence

dimanche 5 juin 2016, par SIGNIS France

(d’Elie Chouraqui. France/Allemagne, 2016, 1h54)

Lyon, 6 juin 2016 (Blandine Salles) – En adaptant le livre de Francis Humbert, Eli Chouraqui raconte l’histoire de Nathan Fabre, en quête de vérité sur sa famille et sur cette peur qui le ne quitte pas. A l’histoire de l’homme se mêle l’Histoire des hommes, celle de l’horreur, reconstituée parfaitement, le tournage ayant pu avoir lieu à Buchenwald.

Tout commence lorsque Nathan Fabre visite Buchenwald. Professeur d’histoire en lycée franco-allemand, il rédige une thèse sur la résistance allemande au nazisme. Accompagnée de sa petite-amie allemande, il visite le musée du camp et découvre sur une photo un déporté qui ressemble trait pour trait à son père. Dès lors il n’aura qu’une obsession : trouver qui est cet homme, pourquoi était-il à Buchenwald, et surtout, quel lien a-t-il avec sa famille ?

La grande réussite de ce film réside dans le croisement du présent et du passé, au fur et à mesure de l’intrigue. Si au commencement le spectateur est tout aussi perdu que Nathan, il découvre en même temps que le personnage principal les non-dits familiaux. Ceux-ci sont omniprésents dans une famille où le silence fût le maitre-mot dès l’après-guerre. Ce silence est à l’origine de la violence de Nathan et de la peur qui le suit partout. C’est cette peur qui le pousse à se battre à n’en plus finir, sans autre raison que le besoin de cogner.

Sans dévoiler l’intrigue, nous apprenons assez vite que le déporté s’appelle David Nathan Wagner et que celui-ci est le père biologique d’Adrien Fabre, le père de Nathan. Ce dernier doit encaisser le choc d’une ascendance juive et déportée, lui qui s’est toujours défini comme un catholique normand. La famille bourgeoise que représentent les Fabre est pleine de réalisme. Elle est présentée par Eli Chouraqui dans des scènes à la lumière éclatante, au milieu d’un appartement avec vue sur la tour Eiffel dans les années 30. Aujourd’hui, la famille se retrouve dans une maison de campagne éclairée par le soleil normand.

A l’inverse, David Wagner est déporté au départ de la guerre, au camp de Buchenwald où le réalisateur nous présente un univers gris, sombre, à l’image de l’horreur nazie. Le camp est présenté de nombreuses fois avec des plans généraux sur la plaine où ont vécu tant de victimes. Malgré cela, le visage de David apparait rayonnant, apaisé et sans crainte après avoir appris sa mort prochaine. L’annonce de sa mort imminente par le médecin du camp lui aura donné un but, une fin et une fois l’avenir connu, David n’a plus peur.

L’ensemble du film est porté au niveau musical par le deuxième mouvement de la 7e Symphonie de Beethoven, ajoutant ce qu’il faut d’émotion aux épreuves traversées par David à Buchenwald, ainsi qu’à l’acharnement de Nathan et aux vérités qu’il découvre.

Loin de se focaliser sur une vision française de la guerre, le film met en avant le côté allemand avec le personnage de Gabi, petite-amie allemand de Nathan. Si Nathan doit vivre avec un grand-père déporté (par dénonciation !), elle, vit avec le poids de la honte. Comme elle le dira à Nathan "la moitié de ma famille était nazie, je dois vivre avec le poids de cette culpabilité". C’est là aussi toute la beauté de ce film, dépasser l’effroyable et la mort au profit de la vie et de la réconciliation : Nathan s’installe, avec Gabi, en Allemagne ; signe que l’amour qui relie deux êtres est sans doute la clé pour aller de l’avant et surpasser la rancœur.

Blandine Salles
SIGNIS

Abonnez-vous à notre Newsletter
SIGNIS in the world
Choose your organization in the world.

Adds