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L’Outsider

mercredi 22 juin 2016, par SIGNIS France

(de Christophe Barratier. France, 2016, 1h57)

Lyon, 22 juin 2016 (Magali Van Reeth) – Le destin dramatique d’un jeune homme qui a perdu pied dans le monde virtuel de la finance. Comme Icare, il s’est brûlé les ailes mais n’a pas volé longtemps.


En 2008, un scandale financier a fait la Une des médias pendant de longs mois en France. Jérôme Kerviel, un trader de la Société générale, une grande banque internationale, venait de faire perdre des millions d’euros à son entreprise et était licencié avec fracas. On apprenait ensuite que ce jeune homme avait aussi fait gagner des sommes astronomiques à sa banque et qu’il n’avait rien pris pour son compte personnel. Le réalisateur Christophe Barratier, auteur de films à succès dont le célèbre Les Choristes, réussit un film captivant où l’intrigue principale est plus dans le "pourquoi un individu peut-il à ce point déraper" que dans le "comment cela a t-il pu arriver", ce qui enlève le côté trop anecdotique d’une histoire vraie. Sans fausse pudeur, le personnage principal du film s’appelle Jérôme Kerviel et travaille à la Société générale. Plusieurs plans montrent le siège de cette banque dans le quartier de La Défense aux abords de Paris.

Les explications données pour faire comprendre aux spectateurs les rouages infiniment complexes de la finance internationale et les méandres de la logique économique et du contournement des lois sont suffisantes pour saisir le contexte sans nous donner l’impression d’assister à un cours de science économique... Christophe Barratier nous prévient dès les premières images que ce film est un drame, pas une comédie. Puis il s’attache aux pas de Jérôme Kerviel, le jeune homme timide n’ayant pas de diplôme prestigieux, issu d’un milieu modeste, pénétrant pour la première fois dans l’antre des traders, ces personnages tout-puissants, adulés et craints par la direction de la banque, qui leur donne néanmoins des salaires mirobolants. C’est un conte de fées où le pauvre berger entre au château du roi, non pas par amour pour la princesse, mais par convoitise pour la puissance qu’il devine : nous sommes bien au coeur de la société de consommation contemporaine !

Filmé avec sobriété, L’Outsider repose sur deux atouts solides. Un scénario fluide, centré sur le parcours de Jérôme Kerviel, ses aspirations et sa naïveté. Le film ne prend pas parti, ne juge pas. C’est aux spectateurs de décider où sont les victimes et qui sont les coupables. Et l’excellente interprétation des acteurs. Arthur Dupont, qui joue Jérôme Kerviel, est encore peu connu et cela lui permet de donner réellement corps à son personnage, du regard ébloui des débuts jusqu’au regard halluciné d’un homme perdu dans un autre monde, détaché de la réalité. On se régale de l’abattage de son mentor, François-Xavier Demaison qui, avant d’être acteur professionnel, a travaillé quelques années dans cet univers de la finance. Il prend plaisir à souligner la complexité de la situation en mêlant les responsabilités de chacun.

Si certains les films inspirés de faits d’actualité laissent parfois perplexes (où est la fiction ?) L’Outsider séduit car il ne tente pas de relater les faits avec précisions mais s’attache plutôt à décrire le parcours d’un personnage au destin dramatique. Il le fait avec beaucoup de fluidité, une mise en scène sobre et parce que le récit s’arrête avant les procès, il laisse le spectateur décider par lui-même des responsabilités de chacun.

Magali Van Reeth

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