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La Chanson de l’éléphant

lundi 8 août 2016, par SIGNIS France

(de Charles Binamé. Canada, 2014, 1h50)

Lyon, 8 août 2016 (Magali Van Reeth). A quoi peut mener le manque d’amour ? Pour Michael, c’est une lente ascension dans le huis-clos intérieur de ses délires. Pour d’autres, une cruelle solitude.

Adapté d’une pièce de théâtre éponyme de Nicolas Billon, le film du réalisateur québecois Charles Binamé nous embarque dans un affrontement entre le directeur d’un centre hospitalier psychiatrique, le docteur Green, et un des patients, Michael. Il est le dernier a avoir vu un médecin disparu depuis. Michael est un jeune homme volubile, au charme magnétique. Il est très observateur, intelligent et comme il adore raconter des histoires, il peut provoquer ces interlocuteurs à outrance.

En bon réalisateur, Charles Binamé nous manipule aussi, lorgnant du côté de l’enquête policière, du film à rebondissements, quelques frissons et, comme le docteur Green, par moment on perd pieds. Avec une cinématographie très lyrique, le réalisateur nous égare dans les méandres des émotions et des regrets. On apprécie les cadrages dynamiques, les couleurs scintillantes, les souvenirs dorés pour dire la souffrance. On apprécie aussi le clin d’œil cinéphile autour de la boîte de chocolats qui, ici, nous venge de mièvreries très anciennes mais toujours tenaces....

Si Xavier Dolan, comme à son habitude, est un condensé de naturel et de charme dans ce rôle de détraqué, sans cesse en équilibre entre provocation, intelligence et folie, les autres acteurs sont remarquables et on regrette de ne pas voir plus souvent Bruce Greenwood et Catherine Keener. Dans la dernière scène, leur réconciliation faite de gestes maladroits, de tendresse retenue et d’amour partagé sans un mot, est à la fois un régal pour le spectateur et une démonstration éblouissante de leur talent.

Habité par le manque d’amour, Michael s’enfonce lentement dans une folie meurtrière dont personne ne peut l’extraire. Mais ses actes provocant et finalement mortifères permettront à d’autres souffrances de s’exprimer. La Chanson de l’éléphant, titre d’une comptine enfantine jouant sur le double sens du mot "trompe", trompe le spectateur comme Michael trompe le docteur Green. Le crime annoncé est finalement tout autre, et à travers lui, se déroule la résolution d’un drame plus ancien. Sous une forme virevoltante, un film touchant et astucieux.

Magali Van Reeth

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