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La Danseuse

jeudi 29 septembre 2016, par SIGNIS France

(de Stéphanie Di Giusto, France, 2016, 1h52)

29 septembre 2016 (Valérie de Marnhac) - 1892, New Jersey. En cette fin de siècle, Thomas Edison a déjà bouleversé l’industrie en maitrisant l’électricité et les frères Lumière vont bientôt projeter, grâce à leur Cinématographe, leurs célèbres "vues", La Sortie de l’usine ou L’Arroseur arrosé, à un public médusé. Mais qui se souvient de leur Danse Serpentine et de sa créatrice inspirée, Loïe Füller, qui dans le même temps révolutionnait la danse moderne ? En faisant de cet événement oublié le cœur de son premier film, Stéphanie Di Giusto nous offre le portrait bouleversant d’une artiste méconnue et filme, dans une somptueuse mise en abyme, le processus créatif qui conduit du geste à la Beauté, des ténèbres à la lumière.

Dans un prologue énigmatique, le spectateur découvre Loïe Füller inconsciente, évacuée dans un amas de tissu blanc dont on ne sait s’il est une robe ou un linceul. Cette mise sous tension ne nous quittera pas du film, transformant ainsi la vie de "la danseuse" en une quête quasi mystique. Le critique d’art Paul Adam écrira : "Du divin se matérialise. On songe à des visions de légendes, à des passages vers l’Eden."

Loïe Füller concevra l’ensemble de son œuvre jusque dans les plus infimes détails : les tissus, la coupe, les accessoires, la chorégraphie, les éclairages, les décors. Bravant les dangers, la fatigue et la souffrance physique, elle se consume petit à petit dans sa création. Mais la transcendance du film réside justement dans ce passage d’un travail éprouvant à la naissance d’une émotion pure.

La chanteuse folk Soko, révélée au cinéma par son rôle d’Augustine dans le film éponyme d’Alice Winocour, habite littéralement le personnage. Lui offrant à la fois sa rudesse, son âpreté mais aussi sa détermination et sa fougue, elle développe une force, un élan, une rage vitale. Le travail du chef-opérateur Benoit Debie accompagne magnifiquement ce chemin de l’ombre à la lumière, nous transportant du grand ouest américain où elle est née jusqu’à la magie des scènes françaises.

La rencontre avec Isadora Duncan (sublime Lily-Rose Depp) marque un tournant dans la carrière de Loïe Füller, la menant paradoxalement à un anonymat immérité mais aussi à une sérénité salvatrice. Dans un mélange d’admiration, d’amour, de fascination pour la grâce innée de sa rivale, elle lui laisse le devant de la scène et se retire. Mais elle réussira à faire reconnaitre son art en déposant dix brevets à son nom.

Valérie de Marnhac

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