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La Glace et le ciel

mercredi 21 octobre 2015, par SIGNIS France

(de Luc Jacquet. France, 2014, 1h30. Festival de Cannes 2015, film de clôture.)

Lyon, 21 octobre 2015 (Magali Van Reeth) – Dans la solitude spectaculaire de l’Antarctique, un jeune scientifique se passionne pour l’étude des glaces. Au-delà des images magnifiques de la banquise, un film indispensable pour l’avenir de notre planète et de ceux qui l’habiteront après nous.

On avait découvert Luc Jacquet avec son premier film La Marche de l’empereur. Il n’était pas un réalisateur classique et ce n’était pas un film classique. A l’aide de fiction, de faits scientifiques rigoureux et d’images documentaires à couper le souffle, il nous faisait vivre une saison au milieu des manchots empereur de la banquise. Avec ce nouveau long-métrage, et un mélange de genres similaire et tout aussi réussi, Luc Jacquet revient en Antarctique et nous livre une belle réflexion sur l’état de la planète.

Le fil conducteur de La Glace et le ciel est le chercheur Claude Lorius, un spécialiste de l’étude des glaces et un aventurier du grand froid. En 1957, il a 23 ans et il part pour une mission en Antarctique où il passe plusieurs mois dans la station Charcot. Malgré les conditions très rudes, il se passionne pour cet environnement, la formation des cristaux de neige et son entassement siècle après siècle que le froid démentiel conserve. Au fil des missions qui le ramènent toujours dans cette immensité blanche où personne n’habite, il met au point, avec ses collaborateurs, des systèmes de forage de carottes de glace lui permettant d’étudier des vestiges de plus en plus ancien de notre planète. C’est là qu’il découvre que les glaces gardent en elles, pendant des millénaires, les traces de l’activité humaine, que ce soit les essais nucléaires à ciel ouvert ou les périodes de réchauffement climatique. Claude Lorius est le premier à annoncer que le réchauffement climatique en cours n’est pas un cycle naturel mais qu’il est dû à l’activité humaine.

Après un long et minutieux travail de collecte d’images d’archives, et notamment des films conservés en France, aux Etats-Unis ou en Russie (les missions scientifiques étant souvent plus internationales et fraternelles que la politique), il a fallu les restaurer pour donner une identité visuelle à des pièces très disparates. Puis ajouter du son, la plupart de ces films scientifiques ou personnels étant muets. Et enfin, un énorme travail de montage où le réalisateur a introduit des images actuelles. Le spectateur peut ainsi vivre les passions scientifiques de Claude Lorius, l’engagement si physique de ces missions où la température moyenne est toujours négative, le vent glacial, le confort inexistant. Pourtant, quel enthousiasme, quelle émotion lorsque le chercheur trouve l’idée géniale et simplisme qui lui ouvrira d’autres champs de recherche !

La réussite de ce film est bien celle de nous faire participer à cette vie palpitante, à ce dévouement sans faille à l’étude d’un milieu hostile et indispensable. Aujourd’hui, à 80 ans, la frêle silhouette de Claude Lorius nous apparaît dans les décors spectaculaires de la banquise, dans l’effroyable étendue des glaces, dans les images magnifiques du film. C’est un homme qui a toujours l’enthousiasme de ses 23 ans, et le film non seulement lui rend hommage mais donne aussi la possibilité au spectateur de partager cette passion. La Glace et le ciel est une belle rencontre avec des hommes humbles, enthousiastes et confiants dans les capacités intellectuelles de l’humanité.

Magali Van Reet

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