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La Loi du marché

mardi 19 mai 2015, par SIGNIS France

(de Stéphane Brizé. France, 2014, 1h33. Sélection officielle Festival de Cannes 2015)

Lyon, 19 mai 2015 (Magali Van Reeth) - Produit par le réalisateur et l’acteur principal, le film dénonce les contraintes sociales et économiques qui laminent les plus faibles, tout en démontrant qu’il y a une autre voie.

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Vincent Lindon est impressionnant dans le rôle de Thierry

Les champs de bataille des sociétés occidentales contemporaines sont financiers. L’argent régule, les économistes décident, la bourse approuve, les banques imposent et le citoyen trinque. Surtout quand il a plus de 50 ans, pas fini de payer son logement et une épargne en détresse. Thierry a été licencié de l’entreprise où il travaillait depuis de nombreuses années, pour que les actionnaires réalisent une opération financière. Depuis, il cherche du travail et côtoie des personnes qui essaient de garder le leur...

La Loi du marché est une dénonciation virulente d’un parcours épuisant et humiliant pour retrouver un emploi mais surtout pour garder sa dignité, son estime de soi quand la violence sociale et économique est aussi puissante. Comment rester bon quand on a peur de perdre son logement et qu’en plus la vieille voiture tombe en panne ? Comment rester digne quand le patron commande de surveiller ses collègues, au nom de la rentabilité ?

Le film suit essentiellement Thierry et il est dans presque toutes les scènes. Souvent, le cadre est instable autour d’un personnage qui ne l’est pas. Thierry est souvent raide sur sa chaise, immobile devant son écran d’ordinateur, précis dans ses gestes. Il sait nettoyer, réparer, laver, garder son calme. C’est autour de lui que les limites sont floues, celles de la bonne attitude à avoir pour charmer un recruteur, un éventuel acheteur, pour dire non à un banquier qui veut vendre une assurance-vie à un chômeur de longue durée. Il faut en permanence décoder les signes des autres, filtrer leur rage ou leur motivation. Les difficultés de communication sont omniprésentes au début du film, comme pour montrer l’importance du discours maîtrisé sur le vécu intime. Tout vacille autour de Thierry, à cause des accros à la réussite, de l’appât du gain, d’une situation économique que tous subissent. Même à son fils handicapé, on reproche une baisse de régime dans sa scolarité. Heureusement il y a sa femme et les cours de danse qu’ils prennent ensemble.

Beaucoup d’événements se passent hors champs, comme dans la vraie vie où les décisions importantes sont souvent prises en dehors de ceux qui sont concernés. Tout le film est en tension sobre et la musique ne viendra qu’à la fin, lorsque Thierry refuse d’appliquer les lois de ce marché qu’il refuse.

Vincent Lindon, dont on apprécie film après film le travail humble et puissant pour investir ses rôles, est impressionnant et peu d’acteurs seraient autant crédibles en chômeur de longue durée. Il a l’élocution maladroite de ceux qui n’ont pas l’habitude ni l’envie de s’exprimer en public. Le réalisateur, avec qui il a déjà tourné Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps sait révéler en lui la force de l’interprétation. Stéphane Brizé a su aussi créer, avec les autres comédiens qui sont tous non-professionnels, une harmonie où Vincent Lindon se fond dans le groupe, sans jamais évoquer la vedette qu’il est devenu dans le cinéma français. Tout à fait en accord avec le sujet du film et les valeurs qu’il défend. De même, La Loi du marché a été réalisé avec un budget minimum mais respectant le tarif syndical pour tous les acteurs et techniciens.

Au Festival de Cannes 2015, La Loi du marché a été présenté en compétition officielle et il a reçu une mention spéciale du jury œcuménique. Au Festival de Mar del Plata 2015, le jury SIGNIS lui a aussi décerné une mention spéciale.

Magali Van Reeth

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