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La Nouvelle vie de Paul Sneijder

mercredi 22 juin 2016, par SIGNIS France

(de Thomas Vincent. Canada/France, 2016, 1h54)

Lyon, 22 juin 2016 (Magali Van Reeth) – Dans ce film délicat, l’acteur Thierry Lhermitte démontre avec brio que la résilience est un combat intime, que nulle compensation financière ne peut accélérer.

Inspiré d’un roman de Jean-Paul Dubois, ce film a pour personnage principal Paul Sneijder. Il est le seul survivant d’un accident d’ascenseur dans lequel sont mortes 4 personnes, dont sa fille. Une fois le corps réparé, Paul doit affronter les avocats, la pression de sa famille pour un retour à la normale et le poids d’un deuil insurmontable.

Le film prend son temps, loin de tout bavardage inutile, pour nous permettre de saisir les émotions complexes de Paul à sa sortie d’hôpital. Le travail de Thierry Lhermitte est remarquable. C’est à travers sa gestuelle, ses expressions, ses regards embués et la façon dont il se déplace que l’acteur dit la détresse de cet homme. La perte de sa fille, la peur éprouvée au moment de l’accident ont été un choc profond. Ses repères quotidiens sont bousculés, les priorités ne sont plus les mêmes. Ce qu’il acceptait autrefois avec résignation lui devient insupportable. Et pas seulement les espaces confinés de son bureau.

Si l’humour est bien sûr présent çà et là, dans l’ironie de certaines situations, le film n’est pas une comédie. D’abord parce que le personnage principal vit un drame et nous le fait partager, sans faire l’impasse sur les larmes, la honte, la culpabilité et le dégoût de soi. Mais aussi parce que le film est une charge violente contre la cupidité de quelques individus, d’un système judiciaire, d’une société. La proche famille de Paul - étrangement dépourvue de compassion - espère un procès retentissant, avec avocats agressifs aux dents longues, dont les bénéfices permettront d’assouvir ses rêves de réussite sociale. Pour le système judiciaire en vigueur - ici celui du Canada mais en est-on si éloigné en Europe ? - la seule réparation possible est financière et montre bien comment les sociétés occidentales se sont éloignées d’autres valeurs, d’autres repères. L’argent permet-il vraiment de guérir de tout ? De trouver le réconfort lorsqu’on se sent responsable de la mort de sa fille ? De reprendre une vie "ordinaire" après un drame ?

Si Paul cherche par tous les moyens à fuir sa vie d’avant, c’est pour triturer ces questions dans tous les sens. Comprendre comment fonctionne un ascenseur et pourquoi il peut tomber, c’est comprendre comment il en est arrivé là dans sa vie personnelle. Sa nouvelle vie est donc un combat pour éviter l’ancienne. Effrayé par les espaces clos lui rappelant l’ascenseur de l’accident, il se réfugie dans les parcs où le corps est mouvement et la pensée libre de s’élever au-dessus des limites urbaines. En promenant des chiens au grand air, il prend la mesure du vide de sa vie, se confronte à ses erreurs, affronte la culpabilité. Au sortir d’un hiver vivifiant, il ne sait pas forcément ce qu’il veut devenir mais il sait au moins ce qu’il ne veut plus être. Pour Paul, il n’est pas acceptable que "les cendres de sa fille servent à payer les études de ses frères". Même si cela doit le faire passer pour "dérangé mentalement" par une société qui accepte difficilement l’expression physique de la douleur, du deuil et veut la traiter avec des médicaments et des compensations financières.

La Nouvelle vie de Paul Sneijder est un film délicat, jusque dans le choix des seconds rôles savoureux, interprétés par Pierre Curzy et Guillaume Cyr, portes ouvertes sur un autre monde, plus doux, plus poétique. On aime ce film qui affirme que le chagrin n’est pas une maladie mentale. La fin ouverte est une belle envolée : avec Paul, et tous ceux qui affrontent leurs failles, on reprend de la hauteur.

Magali Van Reeth

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