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La Passion d’Augustine

mercredi 30 mars 2016, par SIGNIS France

(de Léa Pool. Canada, 2015, 1h43)

Lyon, 30 mars 2016 (Magali Van Reeth) – Lorsqu’aux alentours de 1960, le gouvernement Québec et l’Eglise catholique lancent des révolutions en profondeur de leurs structures, c’est l’effondrement dans une école religieuse, proposant une éducation musicale aux jeunes filles de milieux modestes.

En 1962, une petite communauté religieuse se dévoue avec passion à l’éducation musicale des jeunes filles de la campagne environnante. Avec rigueur et fermeté, et dans un souci d’excellence permettant à chaque élève de donner le meilleur d’elle-même, cette école baigne dans la grande musique, la ferveur artistique et la transmission des valeurs qui élèvent l’âme en prenant soin du corps. Promenades dans la neige alternent avec cours de solfège, on est dans un cocon, loin des tumultes du monde. Ce sentiment est renforcé à l’écran par l’immuable succession des saisons, magnifiquement mis en image par la réalisatrice Léa Pool. Mais les transformations du monde vont arriver jusqu’au fond de la province et bouleverser cette douce harmonie, plus profondément que l’arrivée d’Alice, jeune fille aussi talentueuse que rebelle à ce mode de vie.

Avec finesse, La Passion d’Augustine évite les clichés habituels sur les pensionnats de jeunes filles entre humiliation perverse et homosexualité. Ici, les personnages principaux sont les religieuses. L’impasse dans laquelle elles évoluent lorsque leur devoir d’obéissance se heurte à leur conviction profonde donne tout son enjeu dramatique au scénario. Tous ceux qui ont défendu avec passion un projet pourront comprendre les colères, les combats et les choix douloureux de ces femmes. Mère Augustine, superbement interprété par Cécile Bonnier, qui a autant consacré sa vie à Dieu qu’à cette école, va vivre ces événements dans la douleur. Comment accepter de perdre cette école ? Comment vivre son vœu d’obéissance quand elle se sent trahie par sa congrégation ?

A la capitale, le gouvernement québécois entreprend sa "révolution tranquille" où il reprend à l’Eglise catholique ses missions traditionnelles dans les domaines de l’éducation, la santé et les services sociaux. Parallèlement, le concile de Vatican II apporte au sein de cette même Eglise catholique, d’autres bouleversements. Pour cette petite communauté de religieuses, c’est un séisme. La réalisatrice, à travers le personnage de mère Augustine, montre bien les répercussions de ces changements sur l’engagement, la complexité d’une mission dans une vocation religieuse, mais aussi le secours de la prière et la permanence de la foi au-delà de la règle.

L’une des scènes les plus fortes du film montre les religieuses face à leur nouvel uniforme. Ce nouvel habit, discrètement introduit dans le scénario, qu’on voit coudre à la lingerie et qui alimente les conversations le soir à la veillée, va bouleverser de façon inattendue celles qui vont le porter. Une robe un peu plus courte, des manches plus pratiques, un simple foulard et soudain, elles se sentent "nues" tant elles étaient habituées aux habits lourds et enveloppants. La réalisatrice rend très palpable cette émotion rarement vue à l’écran et que les actrices expriment physiquement avec une grande pudeur.

Prenant appui sur la musique qui est à la source de cette école, Léa Pool construit un film où les plans larges sur l’extérieur, souvent hivernal, font écho à la chaude lumière des salles de classe. Tout le film est imprégné de cette ambiance musicale et lumineuse. La réalisatrice pose un regard juste sur l’engagement et la vocation mais aussi sur les réalités d’une société où les femmes étaient moins payées, donc moins considérées que les hommes, pour un même travail.

Au Québec, tous ceux qui ont bénéficié de cette éducation religieuse qui était la norme jusque dans les années 1960, ont pu retrouver dans ce film l’odeur de leur enfance et en ont fait un grand succès populaire, dès sa sortie en salle au printemps 2015. Par ces portraits de femmes passionnées et leur combat pour une éducation de qualité accessible à tous, par ses qualités artistiques et l’enthousiasme musical qu’il transmet, La Passion d’Augustine touche un public bien plus large. Elle permet aussi aux spectateurs européens de découvrir de grandes artistes, qu’on aimerait voir plus souvent de ce côté-ci de l’Atlantique, à commencer par la réalisatrice Léa Pool et l’actrice Cécile Bonnier.

Magali Van Reeth

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