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La Saison des femmes/Parched

mercredi 20 avril 2016, par SIGNIS France

(de Leena Yadav. Inde, 2015, 1h56)

Lyon, 20 avril 2016 (Magali Van Reeth) – Dans un tourbillon de couleurs et de musique, quelques femmes tentent de vivre en se libérant de la violence imposée par une société patriarcale.

Dans l’état de Gujarat, un territoire reculé dans le nord ouest de l’Inde, les femmes d’un petit village font face avec résignation aux traditions ancestrales qui les réduisent en esclavage auprès de leur propre famille.

Rani, le personnage principal, est veuve depuis des années. Elle dû renoncer à toute vie sexuelle et ne doit plus porter de vêtements colorés. Elle a un fils presque adulte et déjà voyou, qui ne la respecte pas. Lajjo est l’amie de Rani, c’est une femme battue qui n’a pas eu d’enfant et qui est méprisée pour cela. Il y a Bijli, une danseuse qui travaille dans un cabaret et se prostitue lorsque son patron le lui demande. Puis arrive une très jeune fille de 15 ans, mariée de force par sa famille et rejetée par sa belle-famille parce qu’elle a les cheveux courts....

Le film montre bien toute la complexité de la situation de ces femmes. Les hommes ont tous les droits et comptent bien les garder. La vie du village est régie par un conseil des sages où il n’y a que des hommes. Si une femme n’a pas d’enfant, c’est qu’elle est stérile, pas son mari. Si une fille se fait violer, elle est coupable et non victime. Mais le film montre aussi que souvent les femmes sont les premières à perpétuer ces coutumes, à transmettre la soumission totale aux hommes à leurs propres filles, ou à maltraiter leurs belles-filles. Au lieu de pousser leurs filles à faire des études, elles les empêchent de lire et éduquent leurs fils dans cette toute puissance masculine.

Dans le village, un couple d’artisans tentent de valoriser les femmes en leur commandant des broderies qu’ils revendent en ville. Même cette modeste contribution aux finances du foyer est considérée comme une honte par les jeunes gens du village et ils feront tout pour ruiner cette minuscule tentative d’amélioration de l’estime de soi pour leur propres mères, soeurs ou épouses. La violence est omniprésente dans la vie des femmes de ce village et ce n’est que lorsque la torpeur de la sieste endort les hommes qu’elles peuvent trouver un peu de repos et de douceur dans la pénombre de leurs maisons.

A la fois gardienne de ces traditions et première victime, Rani, grâce à l’amitié de Lajjo et Bijli, va peu à peu arriver à prendre du recul par rapport à ce cercle vicieux. Une ballade entre filles dans une ahurissante mobylette-camionnette, aux couleurs vives comme le rire des femmes, va leur donner le goût de la liberté. Et lorsqu’enfin elles n’ont plus rien à perdre, tant elles ont été humiliées, battues et méprisées, elles peuvent trouver la force de changer de vie et de fuir vers un ailleurs qui ne peut pas être pire. Dans un bel élan de solidarité, elles "libéreront" aussi plus malheureuse qu’elles.

La Saison des femmes, à travers le destin émouvant de quelques femmes, superbement interprétées par les actrices, Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte et Surveen Chawla, est aussi joyeux que terrible. La réalisatrice montre la complexité d’une société à la fois très moderne et très traditionaliste, une démocratie où perdure le système des castes, le pays de la non-violence où on respecte les vaches mais pas les femmes...

Magali Van Reeth

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