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La Terre et l’ombre

jeudi 4 février 2016, par SIGNIS France

(de César Avecedo. Colombie/France/Pays-Bas, 2015, 1h37. Festival de Cannes 2015, Semaine de la critique, Caméra d’or.)

Lyon, 4 février 2016 (Marie-Joëlle Thiriez) - Au milieu des cannes à sucre, sous un ciel gris-beige couleur de sable, sur un chemin de terre, seul, une petite valise à la main, un homme marche . Au loin, un nuage de poussière s’approche, masquant un camion en pleine vitesse. Le décor est planté… menaçant.

Alfonso revient vers une petite maison dont toutes les fenêtres sont fermées… Un petit garçon, dans la pénombre, lui ouvre la porte. Alfonso est de retour, pour renouer avec sa terre et sa famille, abandonnées depuis 17 ans !

Difficile alors d’exister, de trouver une place en face d’Alicia, son épouse, qui a résisté pour garder la terre ; en face de son fils, tombé gravement malade ; en face de sa belle-fille et de son petit-fils qu’il ne connaît pas. Tout a tellement changé : l’environnement, la couleur du ciel, la qualité de l’air, le travail de la terre, mais aussi les relations entre les êtres …Tout est devenu si sombre et étouffant !

Seul reste un grand arbre ancestral devant la maison, îlot de verdure, vestige d’un temps révolu, témoin de résistance farouche. C’est là qu’avec humilité et patience, pendant que les femmes de la maison travaillent à la coupe des cannes à sucre, Alfonso tente de retisser le lien avec la nature, avec son passé, avec son petit-fils et son fils . En dépit d’un horizon bouché, il cherche à redonner de la lumière à une maison confinée, une respiration à une famille qui s’étouffe.

Petit à petit, vont se renouer les relations familiales, s’établir des complicités : petit à petit, vont se réduire les distances entre les êtres ; et les silences, lourds de solitude, de souffrances, de sentiments, prendre corps dans la magnifique manière de filmer la pudeur des gestes de tendresse.

Augusto Acevedo nous propose une fiction, malheureusement, très ancrée dans la réalité de son pays, la Colombie ; un film où le travail de l’image et de la couleur nous porte au cœur d’un drame humain et écologique ; un film émouvant, tout en retenue et en dignité.

Comment vivre et survivre, quand les puissances économiques détruisent l’environnement, menacent les structures sociales et familiales, ignorent l’enracinement et l’appartenance à la terre de toujours ?

Quand la terre est malade, l’homme est malade. "Tout est lié" Pape François, Laudato Si. Au Festival de Cannes 2015, La Terre et l’ombre a reçu le prix de la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film, toutes sélections confondues.

Marie-Joëlle Thiriez

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