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Lamb

mercredi 9 septembre 2015, par SIGNIS

(de Yared Zekele. Ethiopie, 2015, 94min)

Bruxelles/Karlovy Vary, 9 septembre 2015 (SIGNIS/Guido Convents) Un film éthiopien sur une société en mutation.

En 2014, le film éthiopien Difret avait reçu le prix œcuménique du Festival de Kiev. Il a été un des films surprise au festival de Karlovy Vary 2015. Le producteur Zeresenay Mehari a su diriger avec brio un drame social sur les pratiques matrimoniales dégradantes. Le film est basé sur des événements réels, dans lequel le rôle de la femme et l’espoir de changer les aspects archaïques d’une société sont des éléments centraux.

Le dernier film éthiopien qui avait été distribué dans des cinémas internationaux était Teza (2010), des mains du père du film éthiopien contemporain Haile Gerima, un drame social politique qui explique les 40 dernières années de l’histoire éthiopienne. Pour la majorité des Éthiopiens, le film leur a permis d’ouvrir les yeux sur un passé refoulé, et de lancer un débat sur des questions pertinentes d’actualité. Lors des festivals de cinéma de Cannes et de Karlovy Vary, la coproduction franco-éthiopienne Lamb (2015) a été présentée. En plus, c’était la première fois dans l’histoire de Cannes qu’un film éthiopien était sélectionné. Lamb va, sans aucun doute, connaître un succès international.

Lamb est réalisé par le jeune producteur et réalisateur éthiopien Yared Zekele. Il a écrit l’histoire en se basant sur des événements de sa vie. Il est né en 1978 dans les bidonvilles de la capitale éthiopienne, Addis Abeba. Dans le chaos qui a suivi le coup d’état militaire et la dictature communiste, il est resté seul avec sa grand-mère au village, puisque son père a fui vers les Etats-Unis. A huit ans, il quitte l’Ethiopie pour aller retrouver son père, et après avoir suivi des études en économie agricole, il entreprit des études de cinéma auprès du réalisateur Todd Solondz. Il a ensuite travaillé auprès de diverses ONGs en Norvège, en Namibie et aux USA. Il faudra des années avant qu’il ne se dirige vers le cinéma, sur les conseils de Solondz.

En 2012, Zekele a envoyé son idée de projet de film au festival d’Amiens, et a reçu des subsides pour financer le développement du scenario. Le scénario a ensuite été reçu à la Cinéfondation à Cannes, une section du festival de Cannes qui promeut les jeunes talents et organise, depuis 10 ans, des ateliers, dans lesquels Zekele a été accepté. Cela lui a offert un énorme soutien et a pu convaincre de nombreux producteurs. Ce n’était pas évident, parce que, de prime abord, un film africain avec des enfants et des animaux n’est pas très attirant. Après ces ateliers, il est reparti à Addis Abeba où il a lancé la maison de production Slum Kid Film, avec la productrice ghanéo-nigérianne Ama Ampadu.

En 2014, le tournage de Lamb a commencé en Ethiopie, et les longs combats pour trouver des financements ont débuté. Les premières images du film décrivent une situation dramatique. La mère vient de décéder, une grande sécheresse s’annonce et promet d’être catastrophique pour la famille. Le père et le fils décident alors de quitter le village. Le fils de 9 ans, Ephraïm, a un agneau comme animal domestique et l’emmène avec lui. Leur lieu de fuite est auprès de membres de la famille dans une autre région, où la sécheresse n’est pas encore arrivée.

Malheureusement, Ephraïm se rend compte très vite qu’il est plus un fardeau pour son oncle qu’un invité. En plus, une autre nièce est également placée dans la famille, ce qui n’aide pas. La nièce, adolescente, est rebelle et veut prendre sa vie en main. Elle s’instruit, s’informe et veut créer des méthodes d’agriculture durable par elle-même. Ephraïm est un bon cuisinier, mais dans cette famille de fermiers, il est impensable pour l’oncle qu’un homme puisse cuisiner. Par contre, les femmes de la famille le comprennent bien et vont jouer un rôle important. Elles le laissent cuisiner et lui permettent de vendre ses plats dans une ville voisine. En plus, le jeune garçon doit faire face à une différence majeure avec le reste de sa famille : c’est un Falasha puisque sa mère était juive. La famille de son père est chrétienne, et le fait bien remarquer à l’enfant. Dans le quartier vivent aussi des musulmans, et même s’ils vivent tous en paix, on s’adresse à Ephraïm en l’appelant Falasha. La sécheresse finit par arriver également dans la région. L’oncle ne voit pas d’issues et devient alors méchant envers sa nièce et son neveu, la nourriture diminuant et la famille étant trop grande. Il ne veut pas écouter sa nièce pour produire de la nourriture d’une autre manière, et planifie alors l’abatage de l’agneau d’Ephraïm, pour une fête chrétienne. Le jeune essaye par tous les moyens d’éviter ça et décide de quitter la famille, avec sa cousine qui a pratiquement été chassée.

En résumé, le film raconte une histoire de famille éthiopienne dans un contexte plus global et offre un aperçu de ce que la modernité apporte au monde traditionnel. C’est aussi une fable, sur un méchant oncle qui refuse d’écouter sa nièce, ou sur Ephraïm qui succède dans son art de la cuisine, et qui va, grâce à ça, gagner sa place au sein de la famille. C’est pour cela que c’est une histoire « de passage à l’âge adulte », d’un garçon qui grandit et devient mature. En plus, les images et le décor du film sont merveilleux, et nous remplissent les yeux.

Ces cinq dernières années, trois films éthiopiens ont été diffusés au niveau international, mais ça ne veut pas dire que ce sont les seuls films qui ont été faits par des éthiopiens. En effet, plus de 75 longs métrages ont été produits en 2010, et depuis, plus de 300 films ont été produits, pour le marché local ou la diaspora éthiopienne. Mais, bonne nouvelle, une nouvelle vague de productions éthiopiennes pour l’international semble arriver.

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