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Le Bouton de nacre (prix œcuménique Berlin 2015)

mercredi 28 octobre 2015, par SIGNIS France

(de Patricio Guzmán. Chili/Espagne/France, 2014, 1h22. Berlinale 2015, Ours d’argent du scénario et prix du jury œcuménique.)

Lyon, 28 octobre 2015 (Magali Van Reeth) – Célébration de l’eau, à la fois source de vie sur terre et dans le ciel, elle est aussi mémoire de l’Histoire de la planète et de ses habitants au fil des siècles.

Documentariste chilien, Patricio Guzmán sait donner une dimension universelle à ses films en parlant de l’Histoire de son pays et de ses habitants. Avec une photo splendide, il relie la terre, le ciel et les êtres humains.

Le Bouton de nacre est une célébration de paysages à la beauté spectaculaire. A l’endroit où la cordillère des Andes plonge dans l’océan, les montagnes enneigées se reflètent dans l’eau calme des rivières. On entend le soupir des glaciers, le craquement de la neige, la grêle qui rebondit sur les pierres recouvertes de mousse. Au Chili, l’eau est partout, 4200 kilomètres de côtes, un dédale de canaux et de rivières, l’océan pour frontière, un pays trop long pour être affiché en entier sur les murs de la classe. Ici, l’eau est omniprésente.

Glissant de la contemplation des paysages naturels et magnifiés par la caméra, jusqu’au ciel étoilé où les questions sont sans réponse, le réalisateur nous mène peu à peu vers la triste réalité de ceux qui les ont habité et qui ont disparus, les premiers habitants du Chili. Pendant près de 10 000 ans, au bout du monde, dans ce que les Européens ont appelé ensuite la Patagonie, un groupe d’êtres humains a vécu isolé dans une région au froid polaire. Ils se répartissaient en 3 clans : les Haush, Kawéskar, Sélknam et ils se déplaçaient en canoës. Ils étaient des nomades de l’eau, se peignaient le corps et pensaient qu’une fois mort, leur âme devenait une étoile dans le ciel. Au milieu du 19ème siècle, les militaires, les grands éleveurs et les missionnaires catholiques sont arrivés. On les a habillé avec "des vêtements chargés de toutes les maladies de la civilisation" et ils ont été presque tous décimés.

L’eau garde aussi en mémoire les disparus du 20ème siècle, un enfant emporté par les vagues et les cadavres balancés à la mer par les tortionnaires de la dictature de Pinochet. Tout est lié. Il en sera ainsi du bouton de nacre qui donne son titre au film et dont on ne révélera pas le parcours, tant il est surprenant. Au-delà de la splendeur et de la beauté des paysages - terrestres, aquatiques ou cosmiques - les images de Patricio Guzmán portent en elles la mélancolie du monde, celle que la violence des hommes a engendré.

A la Berlinale 2015 où son film était en compétition officielle, Patricio Guzmán a obtenu l’ours d’argent du scénario et le prix du jury œcuménique.

Magali Van Reeth

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