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Le Dernier des fous

mercredi 3 janvier 2007, par SIGNIS France

(de Laurent Achard. France, 1h36, 2006. Sélection officielle au Festival de Locarno 2006, prix de la mise en scène et mention du Jury œcuménique. Prix Jean Vigo 2006)

Lyon, le 3 janvier 2007 (Magali Van Reeth) - Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur français Laurent Achard nous présente un film difficile, comme découpé au couteau dans les méandres les plus sombres de notre humanité.

Une atmosphère où on sent le drame poindre dès les premières images. Une construction implacable et rigoureuse où aucun espoir ne peut s’immiscer dans la bêtise humaine. Hormis Annie Cordy, aucun acteur connu pour attirer le public mais des comédiens époustouflants, notamment Julien Cochelin dans le rôle de Martin, le personnage principal du film, un garçon d’une dizaine d’années.

Dans une campagne française un peu hors du temps, une famille bourgeoise, dans le sens le plus étriqué du terme, habite une ancienne maison de maître, isolée, à la façade austère, le long de laquelle aucune plante ou fleur ne pousse. Ici, pas de travaux des champs non plus, comme si le monde végétal se mettait à l’unisson de la stérilité des habitants du lieu et pressentait l’horreur à venir. Martin se heurte à la folie des adultes et à la méchanceté du monde. L’innocence de ses 10 ans est sans cesse bafouée par la cruauté du quotidien dans lequel il doit vivre.

La tension, comme le soleil d’été, est à son maximum et les membres de la famille de Martin, son grand frère, ses parents, sa grand-mère tournoient autour de leur enfermement comme les insectes se cognent aux vitres. La caméra de Laurent Achard est d’une précision terrible, nous laissant tout deviner et nous amenant inexorablement, avec les personnages, vers le drame final. Un seul personnage semble capable de chaleur humaine et de tendresse envers Martin, la bonne marocaine ; elle nous permet de croire encore à une humanité possible.

Le dernier des fous est une libre adaptation d’un livre du romancier canadien Timothy Findley. C’est un film maîtrisé et inspiré qui aborde des sujets difficile (la violence dans la famille), à réserver aux adultes et grands adolescents. C’est dénonciation fascinante du mal et une oeuvre remarquable dont les images et l’atmosphère restent longtemps en nous. En 2006, le Jury oecuménique de Locarno a attribué une mention à ce film qui dénonce, de façon radicale, l’absence d’amour et d’espérance.

Magali Van Reeth

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