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Le Divan du monde

dimanche 20 mars 2016, par SIGNIS France

(de Swen de Pauw. France, 2015, 1h39. FID Marseille 2015 compétition officielle)

Lyon, 20 mars 2016 (Magali Van Reeth) - Quelques mois dans le cabinet médical d’un psychiatre très accueillant. Mais peut-on tout guérir ?

Georges Federmann est psychiatre à Strasbourg. Son bureau, le meuble aussi bien que la pièce, est un capharnaüm où s’empilent les livres, revues et papiers administratifs. Il porte souvent des t-shirts à inscriptions revendicatives ou humoristiques et, à ces détails, on comprend vite qu’il n’est pas tout à fait dans le cliché habituel du psychiatre. Les patients qui ont accepté de laisser filmer leurs entretiens sont des gens ordinaires avec, pour la plupart, des désordres ordinaires, un mal de vivre très contemporain.

Ce médecin accueille les pauvres, les bénéficiaires de l’aide médicale gratuite, les étrangers en situation irrégulière, les toxicomanes à qui il prescrit sans hésitation toutes leurs demandes, et les gens du quartier. Son ton est chaleureux, taquin, comme lorsqu’à une patiente angoissée à l’idée de se faire confisquer ses médicaments par la douane marocaine, il conseille d’acheter du haschich sur place, "ils en ont du bon"... Il ne porte pas de jugement de valeur sur leurs faiblesses, leurs dépendances, leurs fragilités. Il revendique cette attitude comme un acte politique.

Sur la forme, le film est assez simple. Deux caméras dans le cabinet du psychiatre, et une alternance entre le médecin et ses patients, avec quelques gros plans sur les visages des uns et des autres, un joli maquillage les bons jours, quelques larmes les mauvais jours. Claudine viendra bousculer le scénario en demandant à s’asseoir à la place du docteur Federmann, pour offrir son meilleur profil à la caméra ! Mais nul ennui dans ces échanges, dans le naturel du médecin, sa liberté de parole et sa grande humanité.

Pourtant, peu à peu, au fil des entretiens, le tableau s’assombrit. Quand on réalise que des patients viennent depuis près de 20 ans, on ne peut s’empêcher de se poser la question de l’utilité de ces échanges verbaux et des traitements médicamenteux qui les accompagnent presque toujours. Georges Federmann vit financièrement de ces fragilités qu’il accompagne, de ces patients qui reviennent tous les 15 jours pour renouveler l’ordonnance de leurs médicaments : la grandeur de l’acte politique devient soudain plus floue et son absence de jugement moral face à la dépendance a moins de panache...

L’ouverture à une médecine populaire est bien là. On est vite touché par cet homme ayant fuit son pays d’Afrique pour ne pas être esclave comme ses parents, par cet autre parlant à peine français, par un postier qui aimerait avoir une vraie relation avec une fille. Mais en acceptant d’ouvrir son cabinet à la caméra de Swen de Pauw, Georges Federmann ouvre aussi le débat de la prise en charge au long cours de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société où ils vivent, qui, sans drame particulier, manquent d’énergie pour aller au bout d’une nouvelle journée et qui, des années durant, font les beaux jours de l’industrie pharmaceutique et de leurs prescripteurs.

Heureusement, il y a Diane, femme battue et alcoolique, dont le témoignage ouvre et clôt le film. Une femme décidée à se battre, à changer de vie, et resplendissante à la fin : ouf, ces médecines là ne servent pas qu’à accompagner la langueur d’une vie dépourvue de sens mais peuvent aussi permettre de retrouver une vraie liberté !

Magali Van Reeth

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