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Le Fils de Joseph

mardi 19 avril 2016, par SIGNIS France

(d’Eugène Green, France/Belgique, 2016, 1h55. Sélection officielle Berlinale 2016)

Lyon, 19 avril 2016 (Aurore Renaut) - Dans Le Fils de Joseph, Eugène Green s’amuse intelligemment avec les motifs bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament actualisés et adaptés à notre société contemporaine

Le Fils de Joseph est, comme les autres films du cinéaste, un objet insolite dans le paysage du cinéma français contemporain, aussi déroutant (dans nos habitudes de fiction classique) que lumineux.

Eugène Green est un cinéaste spiritualiste dans le sens où il en existe peu aujourd’hui : le titre l’annonce dès le départ, Le Fils de Joseph va transposer un scénario proche du Nouveau Testament dans le Paris d’aujourd’hui avec toutes les actualisations et adaptations qui s’imposent : Marie (Natacha Régnier) élève seule son fils Vincent (Victor Ezenfis), un adolescent en colère contre cette mère qui ne veut pas lui révéler l’identité de son père. C’est seul qu’il va partir à sa recherche et qu’il découvre, déçu, un éditeur parisien cynique et sans scrupules, interprété par Matthieu Amalric.

Assistant de Robert Bresson dans sa jeunesse, Eugène Green en est resté profondément marqué et reprend au grand « cinématographiste » un jeu dépsychologisé où les acteurs n’interprètent pas classiquement leur partition mais l’expriment comme les modèles bressoniens. Vincent emprunte autant pour le jeu à l’interprétation bressonienne (qui peut déstabiliser les spectateurs pendant les premières minutes du film) qu’au peintre italien Caravage par son apparence physique. Green place d’ailleurs dans la chambre du garçon le tableau du maître du clair-obscur, Le Sacrifice d’Isaac, soulignant l’importance à la fois du motif et de la référence picturale. Vincent ressemble aux modèles du peintre italien : jeune garçon brun à la physionomie presque romaine, Le Caravage n’aurait pas manqué d’en faire le modèle – certainement plus dénudé – d’une de ses compositions.

Structuré en 5 tableaux, chacun étant nommé après un épisode de la Bible (Le Sacrifice d’Abraham, Le Veau d’or, Le Sacrifice d’Isaac, Le Charpentier et La Fuite en Egypte), le film se déplace de l’Ancien au Nouveau Testament en reprenant librement des motifs bibliques qui sont réinvestis : ainsi le sacrifice d’Isaac est-il inversé, c’est le fils qui veut tuer son père. S’étant s’introduit dans le bureau de son géniteur, Vincent semble déterminé à l’égorger mais ne va finalement pas au bout de son geste et quitte la pièce en courant, sans s’être fait reconnaître. C’est précisément le moment, dans le hall de l’hôtel, où il va rencontrer Joseph ; cette rencontre remplaçant de toute évidence l’intervention divine. Au plus profond de son désarroi, le jeune homme trouve la lumière et le film prend alors une dimension nouvelle, en se focalisant sur la relation entre les deux hommes. Vincent ne saura pas que Joseph (interprété par un Fabrizio Rongione solaire) est son oncle, le frère de son père biologique, mais il le choisit instinctivement comme père spirituel, à tel point qu’il le présentera à sa mère, pressentant l’idylle qui pourra naître entre eux.

Pris dans son acception biblique le titre, Le Fils de Joseph, renvoie au Christ : le fils de Joseph et de Marie est le fils de Dieu fait homme. Dans le film, Joseph est l’oncle de Vincent, ce qu’il ne découvre d’ailleurs qu’à la fin : le lien non charnel entre les deux est préservé, adapté à notre époque et notre société ; une société qu’Eugène Green croque en candide espiègle, en en moquant les ridicules (une peinture particulièrement acerbe est faite du milieu de l’édition) et en érigeant la culture et sa transmission comme un rempart humaniste salvateur – rédempteur ?

A la fin, lorsque Marie monte sur l’âne (parce qu’elle a mal aux pieds !) et que Vincent et Joseph sont à ses côtés, ils offrent une image actualisée de la Sainte Famille, ici envisagée comme famille recomposée.

Aurore Renaut

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