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Le Garçon et la bête

vendredi 15 janvier 2016, par SIGNIS France

(de Mamoru Hosoda, Japon, 2015, 1h58)

Lyon, 15 janvier 2016 (Magali Van Reeth) - Dans des décors somptueux et avec un scénario très riche, ce film d’animation montre que devenir adulte, c’est peut être réussir à apprivoiser la bête qui sommeille en chacun de nous.

Ren a 9 ans lorsque sa mère meure. Son père a disparu et il préfère s’enfuir plutôt que d’aller chez des parents lointains qu’il ne connaît pas. Il rencontre Kumatetsu, une énorme bête acariâtre et solitaire, en quête d’un disciple. Il quitte alors Shibuya la ville des humains pour Jutengai, la ville des animaux. La douceur du monde maternel pour une rude vie de disciple avec un maître peu doué pour l’éducation et totalement étranger à la tendresse. Ce couple mal assorti, mais partageant le même chagrin d’avoir été abandonné, s’apprivoise dans un univers un peu magique, où les dieux lapins ne sont pas pressés de mourir, où les rois cochons font la fierté de leurs enfants.

En grandissant, le jeune homme va passer avec aisance d’une ville à l’autre, d’un monde à l’autre. Il suffit de connaître les passages et les codes. Si dans la ville des animaux, c’est la force et le sacré qui priment, chez les hommes, Ren découvre l’écriture et son corollaire, la littérature. Mais aussi les sciences et une jeune fille. Les romans et les discussions avec la jeune fille lui permettent de poser un regard différent sur sa vie. Qui suis-je ? se demande alors Ren. Il vit une période de tourmente où sa force physique n’est plus d’une grand utilité. C’est à travers le refus de la vengeance, le pardon et le sacrifice que l’enfant peut utiliser le savoir acquis et la force maîtrisée pour entrer dans le monde des adultes. Après un combat épuisant (plus pour lui que pour le spectateur) et la perte d’un père et d’un maître.

Du côté du dessin, on est subjugué par les ambiances de foules urbaines, lorsqu’à la tombée du jour, les affiches lumineuses clignotent dans le ciel pâle et que des centaines de passants se croisent aux carrefours ; au milieu des étals de marché, le long des rangées de canards laqués et même par le mouvement du rideau de perles accroché à la porte de la cuisine de Kumatetsu. Dans le combat final, lorsque s’inspirant de Moby Dick le rival de Ren se transforme en baleine translucide et menaçante, on est saisi devant tant de finesse pour représenter le Mal. Le dessin des différents personnages évite la mièvrerie de certains bestiaires et l’utilisation talentueuse de l’animation permet des transformations saisissantes pour montrer les sentiments les plus violents. Le ton du film, malgré deux ou trois combats incontournables, est plutôt doux et lorsque la violence fait irruption, elle n’est jamais gratuite mais exprime une grande souffrance.

Avec Le Garçon et la bête, Mamoru Hosoda ne craint pas d’aborder plusieurs thèmes : le passage à l’âge adulte, le contrôle de nos pulsions primaires, la transmission quand elle est faite par de mauvais pédagogues, la solitude comme porte ouverte à la violence et au ressenti. Il mélange aussi sans heurt - et même avec bonheur - les cultures occidentales et asiatiques,les dieux multiples, le sacré, la ré-incarnation, l’amour filial, l’obéissance, l’éducation et l’esprit d’aventure. Pour le réalisateur japonais, tous les mondes sont poreux et c’est une chance pour ceux qui ont envie de les traverser. Passer d’un univers à l’autre n’est douloureux que s’il n’y a pas de retour possible...

Un film prenant, où on a plaisir à se fondre dans les décors et où les personnages, hommes ou bêtes, savent nous émouvoir. Pour tout public à partir de 10 ans.

Magali Van Reeth

Retrouvez deux autres films de Mamoru Hosoda sur notre site :

Summer Wars et Les Enfants-loups

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