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Le Souffle

mercredi 10 juin 2015, par SIGNIS France


(d’Alexander Kott. Russie, 2014, 1h35)

Lyon, 10 juin 2015 (Magali Van Reeth) - Un film aussi beau qu’étrange où le mystère d’une fin imminente se révèle peu à peu, comme le sentiment amoureux chez une jeune fille.

Elle habite une maison isolée, au milieu d’une steppe désertique, où la couleur de l’herbe rase oscille entre l’ocre au crépuscule, et le gris vert à l’aube. On devine les confins de l’Asie et l’Europe, à ses yeux légèrement bridés. Elle est jolie comme un cœur et son cœur justement hésite entre deux jeunes hommes très différents l’un de l’autre. Un robuste kazakh qui monte à cheval et un petit lutin russe et bondissant, avec un appareil photo autour du cou.

Le Souffle est un film comme suspendu dans le temps. L’eau se prend au puits mais il y a un camion pour remplacer le cheval, un avion blanc pour imaginer un ailleurs par-delà les nuages, un bus qui dépose parfois de drôles de passagers. La jeune fille est pleine d’attentions délicates pour son père, téméraire pour arpenter la steppe, rester seule dans leur maison isolée mais farouche avec les inconnus. Le père est mutique, la mère invisible, l’imagination du spectateur est donc sans cesse titillée pour tout reconstruire, tout deviner : une sensation délicieuse !

Le réalisateur, qui a une formation de photographe, a soigné l’esthétique de la prise de vues et des cadres. Dans un environnement rude et une maison modeste, il fait jaillir une beauté poignante qui annonce à la fois l’imminence du désastre et la force du vivant. Comme le soleil brûlant avec lequel on peut jouer en fin de journée. L’humour et le mystère participent au déroulement du récit et le spectateur est happé par l’ambiance étonnante. Pas de dialogue mais une bande-son et une mise en scène très travaillées qui donnent une limpidité émouvante à l’ensemble.

Sous une charmante histoire d’amours adolescentes et en travaillant l’esthétique et la fiction, Alexander Kott dénonce, avec force et subtilité, la politique soviétique à l’encontre des républiques périphériques. Dans un environnement morbide, il célèbre le vivant, et son travail d’artiste met de la joie dans un univers qui en manque souvent. Un très beau film.

Magali Van Reeth

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