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Les 8 salopards

mercredi 6 janvier 2016, par SIGNIS France

(de Quentin Tarantino. Etats-Unis, 2015, 2h48. Interdit aux moins de 12 ans.)

Lyon, 6 janvier 2016 (Magali Van Reeth) - Le nouveau film de Quentin Tarantino est la brillante démonstration du talent du réalisateur et de son obsession pour le meurtre et la mort violente. On regrette donc encore que ce savoir-faire ne célèbre que le jaillissement du sang et les désirs de vengeance.

Précédée d’une campagne publicitaire musclée et d’une série d’avant-premières exceptionnelles (en format 70mm argentique dans quelques salles sélectionnées), le dernier film de Tarantino sera bien sûr un succès commercial, tant les admirateurs du réalisateur américain sont nombreux. Mais il est difficile de taire le sentiment de malaise qui peut envahir certains spectateurs à la sortie de la projection.

Comme pour son précédent long-métrage, il est dommage que le talent de Tarantino soit au service d’une fascination pour le morbide et pour tout ce qui abaisse l’Homme. La première partie du film met brillamment en scène les 8 personnages dans de superbes paysages de neige et de tempête, et, à travers de belles astuces de scénario, raconte l’histoire de chacun d’eux. Dans le huis clos de la seconde partie, et dès le premier coup de fusil, on sait que tous les personnages vont s’entretuer dans une avalanche de détails sanguinolents et d’anecdotes abjectes (le film est interdit aux moins de 12 ans). On sait aussi d’avance que tous les humbles, les petits ou les doux seront éliminés, à peine présentés à l’écran. Sans surprise aussi, on sait vite qui est le plus astucieux de ces huit salopards et cela ne l’épargnera pas.

Dans ce film, le réalisateur ré-utilise à l’envie les clichés qu’il a lui-même créés dans ces précédents films, choyant ainsi ses spectateurs les plus enthousiastes, rassurés de retrouver ce qu’ils connaissent. Il y a pourtant une image surprenante en ouverture : celle d’un Christ en croix de chemin, recouvert de neige. La croix de chemin n’est pas dans la tradition nord-américaine et jusqu’au bout de la projection, on cherche en vain le sens de la présence de cette image dans le film... Aucun personnage ne peut incarner une référence christique et la célébration du sang versé, dont se repaît tant le réalisateur, n’a rien de sacré, ni même de généreux.

La musique d’Ennio Morricone accentue le côté authentique du genre western et son lyrisme quasi envoûtant - notamment dans les séquences spectaculaires de paysages hivernaux (la nature est belle et méchante elle-aussi) - évitant au spectateur de prendre du recul dans ce tourbillon de neige et de bavardages où il s’agit toujours de piéger l’autre. Un piège, voilà ce qui peut définir Les 8 salopards : du grand cinéma où on ne s’ennuie pas malgré les 2h48 de projection, mais un cinéma construit et pensé pour aviver et célébrer ce qu’il y a de plus abject dans l’être humain : la vengeance, le meurtre et le goût du spectacle qui abaisse au lieu d’élever.

Magali Van Reeth

En complément de cet article, nous vous proposons le texte publié par le réalisateur Jonathan Nossiter à propos de ce film.

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