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Les Cowboys

mercredi 25 novembre 2015, par SIGNIS France

(de Thomas Bidegain. France/Belgique, 2015, 1h45. Festival de Cannes, sélection Quinzaine des réalisateurs)

Lyon, 25 novembre 2015 (Magali Van Reeth) - Poussant le genre du western dans des contrées et des situations très contemporaines, Thomas Bidegain réussit un film prenant et astucieux, au cœur des souffrances d’une famille ordinaire.

Sorti en salle au lendemain des attentats de Paris du 13 novembre 2015, Les Cowboys peut être vu comme un film sur les djihadistes. Ce n’est pourtant qu’un arrière-plan, la richesse du film résidant surtout dans un scénario maîtrisé, une grande originalité dans le déroulement du récit et une volonté de faire du cinéma, et non un reportage d’actualité ou une explication psychologique. De bout en bout, c’est un film surprenant.

On ne verra jamais dans Les Cowboys ni un attentat, ni un djihadiste et le seul coup de fusil sera tiré par un "gentil" en réaction à un moment d’effroi... Aucun discours prosélyte, l’horreur est tenue à distance par quelques mots à propos de "ces gens-là", par un bref reportage à la télévision ou à la radio. Au cœur du film, il y a la traque d’un père qui veut retrouver sa fille et qui n’admet jamais qu’elle ait pu partir de son plein gré et qu’une fois adulte, elle ne veuille pas revenir. Alain va s’emparer de cette quête et s’en nourrir jusqu’à l’embrasement. Porté par la rage, la colère et la souffrance, il va traverser les frontières, se dépouillant peu à peu de tout le reste, son travail, sa femme, sa famille. C’est François Damiens qui interprète cet homme blessé et blessant, aveuglé par cette mission qu’il s’est lui-même imposé. Et que le réalisateur arrête en plein élan pour suivre alors son fils, Kid, à qui l’acteur Finnegan Oldfield donne sa force maladroite. Belle surprise du film qui part alors dans une autre direction, tout en gardant cette quête interminable en arrière-plan.

Montrer le temps qui passe au cinéma est toujours un exercice délicat pour un réalisateur et nombreux sont ceux qui ont recours aux clichés des changements de saison (un arbre qui perd ses feuilles et les retrouve), au maquillage pour vieillir les acteurs, ou pire au calendrier dont les feuilles volent au vent... Thomas Bidegain prend ce thème à bras le corps et, après avoir comme par inadvertance laissé traîner une date sur une banderole au début du film, nous fait traverser 15 années de la vie de cette famille meurtrie, à l’aide d’ellipses musclées. C’est au spectateur de reconnaître dans ce jeune homme le petit enfant qu’il a été et de se souvenir de la date des attentats de New York ou de Madrid pour calculer combien d’années sont passées...

Bien sûr, il y a ça et là quelques maladresses, des scènes moins réussies mais tout le film a une belle cohésion, un ton personnel et une écriture cinématographique séduisante. Par les ruptures, les ellipses, les outrances et les changements radicaux de décor et d’époque, le spectateur est sans cesse déstabilisé, sans que cela nuise à la crédibilité de l’ensemble, au contraire. Seuls les cowboys du Jura sont de pacotille.

Magali Van Reeth

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