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Les Ogres

mercredi 16 mars 2016, par SIGNIS France

(de Léa Fehner. France, 2014, 1h38)

Lyon, 16 mars 2016 (Magali Van Reeth) – Dans un tourbillon de couleurs, de musiques et d’émotions, le quotidien d’une troupe de théâtre où le spectacle, et la vie, est autant sur la scène qu’en coulisses.

Les Ogres est un film-spectacle à part entière : danses, chants, acrobaties, musique, les acteurs sont sans cesse mobiles, ils sautent, cabriolent, se déguisent. C’est une fête pour les yeux et on garde toujours en ligne de mire la scène, tant le scénario puise dans la fiction pour parler de la vie, avec ses souffrances et ses déchirements. Dans ce déferlement d’images, de couleurs et de mots, le récit trouve pourtant sa place et se déroule dans la fantaisie des scènes. Les personnages apparaissent, comme tirés du chapeau par un magicien talentueux, et prennent vie, une vie qui ressemble étrangement à la nôtre.

Une troupe de théâtre se déplace comme un cirque pour aller de village en village jouer des nouvelles de Tchekov, façon cabaret. Le chapiteau, les décors, les caravanes et les comédiens sur la route, en désordre mais serrés les uns contre les autres. On sent vite, qu’ensemble, il forme une vraie famille. Et comme dans toute vraie famille, les ruptures sont toujours à craindre. François est à la fois le patron et le père, celui qui houspille sans cesse et veut toujours mieux, toujours plus. Monsieur Loyal, qu’on appelle savoureusement Déloyal, n’arrive pas à se départir de sa lourde tristesse alors qu’à ses côtés Mona est toujours dans la joie et la légèreté, malgré son ventre qui enfle. Inès, dans le rôle de la fille, se rend parfois compte qu’elle pourrait couper le cordon.

Avec une mise en scène fluide, Léa Fehner alterne les scènes où la troupe joue son texte, le soir devant des spectateurs, et celles où elle existe, à table, autour des caravanes, en déplacement. Les repas - qui sont toujours difficiles à représenter, pour les peintres comme pour les cinéastes - elle en fait des chorégraphies ensoleillées le matin au petit-déjeuner, entre le bol de café, les blagues des enfants, les tartines et les têtes chiffonnées des acteurs. Ou des batailles rangées le soir au restaurant lorsque, autour d’un couscous, la troupe est au bord du chaos, sauvée par le rire.

Chez ces gens-là, on parle fort, on dit des gros mots, on boit trop. On est irrévérencieux, on répond frontalement aux enfants qui posent des questions sur le sexe, on est jaloux de la liberté de son conjoint, malheureux comme Inès qui aimerait plus de reconnaissance de la part de son père, déraisonnable comme Mona qui fume enceinte. On a peur de la mort, qui est une épine de la vie. Les enfants poussent comme des herbes folles, et ça leur va bien. Tous sont d’accord pour reconnaître qu’on est mieux ensemble que seul, et "qu’un enfant, c’est toujours une bonne nouvelle".

On s’engueule, on se trompe mais lorsque revient celui qui était parti en claquant la porte, on l’applaudit, on l’accueille avec joie et personne ne lui demande des comptes... Les Ogres est un film joyeux malgré les colères de ses personnages, tendre malgré la rudesse de certaines situations et met en avant la fraternité et la fidélité sans faille qui unit cette drôle de famille. Les personnages ont parfois un côté monstrueux (cet ogre qui sommeille en nous) mais quel bonheur de les voir si vivants ! Après un premier film impressionnant Qu’un seul tienne et les autres suivront(2009) mais beaucoup plus grave, Léa Fehner montre sa maîtrise de la mise en scène, son désir de faire du cinéma un spectacle chatoyant et son talent de réalisatrice.

Magali Van Reeth

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