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Les Premiers les derniers (Berlinale Panorama, prix du jury œcuménique)

mercredi 24 février 2016, par SIGNIS France

(de Bouli Lanners. Belgique/France, 2015, 1h38. Sélection officielle 66° Berlinale, section Panorama, prix du jury œcuménique.)

Lyon, 24 février 2016 (Magali Van Reeth) – Dans une ambiance visuelle épurée et saisissante, des personnages en marge interrogent leurs peurs et interagissent les uns avec les autres dans une belle fraternité.

C’est un film où le dépouillement du paysage reflète le dépouillement de ceux qui le traversent, un poème visuel baigné dans les lumières grises et claires de l’hiver. Des personnages en marge de la société investissent les délaissés urbains et les lieux de passage (hangars, friches, église, hôtel, bosquets). Un jeune couple de vagabonds, tous les deux petits et fragiles mais forts dans l’amour qu’ils se portent, fuient la fin du monde. Un couple de brigands quinquagénaires (Bouli Lanners et Albert Dupontel) est en quête d’une mission improbable mais leurs questions existentielles vont la mettre à mal. Il y a un grand cerf aux bois magnifiques, un personnage doux qui s’appelle Jésus et tente de faire de son mieux et une femme (la lumineuse Suzanne Clément) qui porte des pulls assortis à la couleur du ciel.Il y a aussi des chasseurs en voitures à 4 roues motrices, assez bêtes et méchants mais ils seront punis pour leur méchanceté, tout comme les bons seront "sauvés".

Dans ses précédents films, le réalisateur et acteur belge Bouli Lanners parlait déjà des "petites gens", de ceux qui vivent en marge de la société de consommation mais qui, comme chacun de nous, aiment, rient et pleurent. Les Premiers les derniers met en avant la gentillesse qui permet à chacun de vivre mieux avec les autres mais aussi le sens profond d’une existence. Quand on est las de la vie, quand on est très vieux (Michael Lonsdale et Max Von Sydow, les grands-pères du cinéma), qu’est-ce qui permet de tenir, de se lever chaque jour, d’espérer et d’aller encore à la rencontre des autres ? Certains ont le cœur qui flanche de solitude, d’autres d’amour. La vie palpite et garde un humour roboratif.

Avec l’aide du chef opérateur Jean-Paul De Zaeytiid, Bouli Lanners fait transparaître une véritable intensité mystique dans les paysages. Un pays plat traversé par le ruban gris des routes, souligné par des fantômes de béton et l’ocre d’une terre fraîchement retournée. Un ciel immense, envahissant de gris et de blanc. Bouli Lanners : "Même si ma foi est cabossée, je suis moi aussi toujours à la recherche du divin. Nous sommes peut être les derniers, mais nous ne sommes pas très différents des premiers."

Au 66° Festival de Berlin, dans la section Panorama, Les Premiers les derniers a obtenu le prix du jury œcuménique.

Magali Van Reeth

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