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Love Marriage in Kabul

mercredi 27 avril 2016, par SIGNIS France

(d’Amin Palangi, Afghanistan/Australie, 2014, 1h25. Mention spéciale du jury inter-religieux au Fajr Film Festival Téhéran)

Lyon, 27 avril 2016 (Magali Van Reeth) - A travers les amours contrariées d’un jeune couple afghan, un documentaire savoureux sur ceux qui ont assez de foi pour déplacer des montagnes et scolariser les jeunes filles dans des endroits où ce n’est pas encore la norme.

Après la mort accidentelle de son fils, Mahboba Rawi, une Afghane vivant en Australie, a créé une association pour gérer des orphelinats dans son pays d’origine et permettre aux filles d’aller à l’école. Régulièrement, elle se rend sur place. Pour ce voyage, une journaliste australienne l’accompagne et permet au spectateur, à travers ses questions et ses étonnements d’entrer dans la complexité de l’Afghanistan et de comprendre l’importance de l’éducation dans un pays encore ancré dans des traditions qui maintiennent les femmes dans des situations inacceptables.

Le séjour prévu pour visiter les différents orphelinats doit durer 20 jours. La situation financière de l’association est critique et Mahboba Rawi doit, à contre coeur, envisager de fermer un foyer. Elle veut aussi régler le mariage d’Abdul et Fatemeh, deux des plus anciens pensionnaires. Mais le père de Fatemeh a bien l’intention de profiter de la situation pour "vendre" sa fille au meilleur prix ! Traditionnellement, même si les filles vont à l’école, leur famille pense néanmoins au mariage, une opération doublement gagnante pour les parents. La famille de la jeune femme récupère une dot et celle du jeune homme, où le couple va vivre, une personne corvéable à merci pour s’occuper d’eux...

Les événements, déceptions, moments de joie ou d’émotion se succèdent tout au long de ce séjour, à tel point qu’on a parfois l’impression d’être dans un film de fiction. Impression que renforce un montage astucieux, comme lorsque la petite délégation venue demander la main d’une jeune fille se trouve embourbée au sens propre comme au figuré dans une situation inextricable...

Le documentaire penche tour à tour du côté du romanesque - avec la passion et la détresse d’Abdul et Fatemeh - et du drame avec le témoignage de ces jeunes filles sur la souffrance de leur mère. Mais le ton n’est jamais insistant, comme la caméra qui montre, comme par hasard, de très jeunes enfants mendiant dans la boue au milieu de la circulation. Et qui trouve aussi la bonne distance pour filmer les moments de gaité et de joie à l’orphelinat. Le réalisateur ne manipule jamais le spectateur en essayant de l’apitoyer et s’il montre quelques larmes, des passages plein d’humour, comme la préparation de la robe de mariée ou de son maquillage, sans doute trop coloré au goût des occidentaux.

On s’attache vite au destin de ces personnages, tous animés par une foi sincère. Celle de Mahboba Rawi, musulmane qui se remet avec humilité dans les mains de Dieu, surtout quand elle a épuisé toutes ses options : "il est ma sécurité, il est ma meilleure assurance". Celle de la journaliste qui se déclare athée et qui croit suffisamment au pouvoir des images et des médias pour alerter l’opinion. Celle de ceux qui se dévouent sans relâche, et malgré une situation politique et sociale très difficile, pour s’occuper des enfants de l’orphelinat. Celle d’Abdul qui patiemment espère en l’amour, et celles de toutes ces jeunes femmes qui croient en un avenir meilleur. Celle peut être aussi du réalisateur parti pour un voyage dont il ne connaissait pas l’issue et qui a laissé la vie entrer pleinement dans son film, jusqu’au rebondissement final que les meilleurs romanciers n’oseraient imaginer.

D’origine iranienne, Amin Palangi vit depuis plusieurs années en Australie. En choisissant de filmer un documentaire en suivant les pas d’une migrante comme lui, mais dans un tout autre contexte de résilience, il montre la vitalité de ces exilés que les médias nous présentent trop souvent comme des victimes. Que ce soit dans le domaine artistique ou social, ils ont souvent une importance considérable, autant pour leur pays d’origine que pour leur pays d’accueil.

Au 34ème Fajr, le Festival international de cinéma de Téhéran (Iran), Love Marriage in Kabul a obtenu une mention spéciale du jury inter-religieux.

Magali Van Reeth

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