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Madres de los dioses (prix inter-religieux Nyon 2015)

mercredi 8 juin 2016, par SIGNIS France

(de Pablo Agüero. Argentine/France, 2015, 1h17. Visions du Réel Nyon 2015, prix inter-religieux)

Lyon, 8 juin 2016 (Magali Van Reeth) - Avec des images sublimes, le réalisateur argentin revient sur les lieux de son enfance pour scruter la soif de spiritualité des femmes qui luttent au quotidien dans un environnement dépouillé.

A l’extrémité froide de la Patagonie, la vallée d’El Boson semble oubliée de l’administration, de la société civile et sans doute des dieux... Dans des paysages où la nature est luxuriante et le climat rude, toutes sortes de personnes à la marge trouvent ici refuge : hippies vieillissants, communautés mapuches, juifs polonais et anciens nazis vivent comme éloignés du monde réel. Plus de 60 "religions" différentes y sont recensées et le réalisateur, qui a grandi dans cette région, cherche à comprendre le mystère de la croyance et de la dévotion.

Pour ce documentaire, Pablo Agüero a soigné l’image et la mise en scène. La forêt de Patagonie et ses rivières sont filmées dans des teintes bleutées, grises et froides, alors que dans les habitations, le visage des femmes est comme éclairé de l’intérieur par une lumière douce et chaude. On est frappé par le récit de ces 4 femmes, Samiha, Maicono, Maria et Humana. D’une voix sûre et avec des mots précis, elles racontent les épreuves traversées et expriment avec lucidité leur quête spirituelle. La tradition maya, l’islam, le bouddhisme ou les croyances indigènes ancestrales sont pour elles un chemin vers la paix intérieure, la connaissance de soi, l’harmonie.

Si la spiritualité exacerbée de ces femmes peut dérouter, la clarté et la précision de leur témoignage est bouleversante, comme leur beauté inouïe dans cet environnement si austère. Apaisées et sereines, elles nous parlent avec douceur de leur parcours chaotique, la traversée de la pauvreté, l’angoisse de la solitude, la peur de la nuit quand on n’a pas de toit, les enfants si nombreux et les hommes si absents. Si les traditions mayas nous paraissent ésotériques et farfelues, on comprend la soif de réconfort et de protections nécessaires que ces femmes recherchent, pour affronter le quotidien.

L’absence des hommes est frappante. Entre un mari parti car il craignait les pouvoirs de guérisseuse de sa femme, un charlatan qui voulait faire 7 autres enfants à la sienne et un souffleur de coquillage, on se dit que finalement, ces femmes vivent mieux dans la compagnie des dieux qu’elles se sont choisis et qui les unissent au-delà de leurs différentes croyances.

Au Festival Visions du Réel 2015 à Nyon, en Suisse, Madres de los dioses a obtenu le prix inter-religieux. Le jury a souligné les grandes qualités artistiques du réalisateur mais aussi son désir de nous faire partager ces chemins de foi et les questions qu’ils soulèvent.

Magali Van Reeth

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