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Mandarines

mercredi 6 avril 2016, par SIGNIS France

(de Zaza Urushadze. Estonie/Géorgie, 2013, 1h29)

Lyon, 6 avril 2016 (Michèle Debidour) – Ce film profondément humaniste ne s’englue pas dans la mièvrerie car la mort, omniprésente, aura le dernier mot : les mandarines mûres à point ne seront jamais récoltées, symbole de ce conflit absurde dont les hommes triomphent pourtant par leur grandeur d’âme.

L’histoire se passe dans les années 1990 en Abkhasie, pays disputé entre la Géorgie et la Russie, mais elle pourrait prendre place dans un autre de ces territoires-martyrs où les habitants sont les victimes collatérales de conflits stériles. Ivo et Markus, estoniens d’origine, sont voisins et survivent l’un en travaillant le bois, l’autre en cultivant des mandarines. Ivo recueille successivement Ahmed, mercenaire musulman au service des Russes, et Nika géorgien et chrétien dont Ahmed annonce aussitôt qu’il va le tuer. L’un et l’autre sont blessés grièvement et, Ivo, en bon samaritain, prend soin de chacun d’eux avec la même attention.

Dans ce contexte tragique où la menace de violence est omniprésente, les signes d’espoir sont rares et d’autant plus précieux : le verger luxuriant de Markus donne des couleurs à ce triste paysage, marqué par la guerre. Et, à l’intérieur de la maison d’Ivo, le visage rayonnant de sa petite-fille, en photo sur le buffet, aimante les regards des deux blessés. Les mandarines comme le sourire de la jeune fille incarnent le rêve d’une paix qui semble inaccessible.

Pourtant Ivo patiemment s’attache à réveiller chez ces blessés une conscience anesthésiée par la guerre : "Tuer un homme dans son sommeil, quand il est inconscient, tu crois que c’est une chose sainte ?". Et la vie semble reprendre le dessus jusqu’à l’explosion qui vient troubler le repas de brochettes paisiblement partagées dans le jardin. Malgré le retour des hostilités, un chemin de fraternité s’est ouvert pour les deux soldats, désormais solidaires et capables de compatir chacun à la souffrance de l’autre : "Désolé pour la mort de tes compatriotes ! C’étaient de bons gars."

Ce film profondément humaniste dont le rythme est soutenu par quelques notes d’un refrain discret, ne s’englue pas dans la mièvrerie car la mort aura le dernier mot : les mandarines mûres à point ne seront jamais récoltées, symbole de ce conflit absurde dont les hommes triomphent pourtant par leur grandeur d’âme.

Michèle Debidour

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