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Marie Heurtin

lundi 10 novembre 2014, par SIGNIS France

(de Jean-Pierre Améris, France, 2014, 1h35. Festival de Locarno 2014, projection Piazza Grande)

Lyon, 12 novembre 2014 (Magali Van Reeth) - Comment avoir conscience de son humanité sans avoir le moyen de communiquer avec son entourage ? Une belle réflexion sur une vie sauvée par la détermination d’une fragile jeune femme habitée par l’amour de Dieu.

A la fin du 19ème siècle, dans la campagne française, Martie Heurtin est une jeune fille de 14 ans, sourde et aveugle. Véritable petit animal sauvage que ses parents n’arrivent pas à canaliser, le médecin conseille un internement à cette enfant qui n’a pas conscience du danger. Son père décide, en dernier recours, de la confier à un institut pour jeunes filles sourdes. A cette époque, ce type d’institutions - qui recueillaient et tentaient d’éduquer les enfants et les jeunes gens dont la société civile ne voulait pas - étaient gérées par des communautés religieuses. Devant l’état si sauvage et si ingérable de l’enfant, la mère supérieure refuse. La langue des signes n’a pas encore été mise au point et, face à un enfant sourd et aveugle, enfermé dans son univers opaque, il est très difficile de donner à sentir un langage, une forme de communication.

Pourtant, une des sœurs demande l’autorisation de s’occuper de Marie. Sœur Marguerite sent confusément que c’est un signe de Dieu, qui met la souffrance de cette enfant sur son chemin, que c’est à elle de l’ouvrir aux merveilles du monde. La bataille sera longue et pénible. Il faudra des mois à sœur Marguerite pour trouver une forme de contact, autre que celui du physique, pour entrer en relation avec Marie Heurtin.

Avec patience et attention, le film déroule cette étrange bataille livrée par une jeune femme déterminée, inspirée et confortée par l’amour de Dieu, pour ramener au monde réel une enfant enfermée en elle-même. C’est une véritable épreuve, avec des échecs, des périodes de doute et de légères espérances. Marie est terrifiée par tout ce qu’elle ne connaît pas, incapable de comprendre ce qu’elle ne peut pas voir. C’est toute l’histoire et la question de la conscience humaine que pose cette belle aventure. Comment avoir l’intuition des mots lorsqu’on ne les entend pas et qu’on ne peut pas voir pas les choses qu’ils désignent ? Comment communiquer lorsqu’on n’a pas conscience qu’une communication est possible ?

Parce que ce film est inspiré d’une histoire vraie, le réalisateur s’est longuement documenté, notamment auprès de l’institut qui a autrefois accueilli Marie Heurtin et qui existe toujours. Jean-Pierre Améris tenait à dérouler le récit le plus simplement possible pour ne mettre en avant que cette aventure incroyable où un individu s’ouvre à la pensée et à la relation à l’autre. Le film est lumineux d’un bout à l’autre. Sans performance d’acteurs ni mise en scène pathétique, il donne à voir l’éveil d’une conscience et d’une possibilité de communication.

C’est Isabelle Carré qui donne à sœur Marguerite la douceur de sa détermination et la fragilité de la grâce. L’actrice montre une nouvelle fois la sensibilité de son travail, tout en nuances, et son engagement chaleureux dans des rôles délicats. Avec elle, c’est une jeune fille sourde (mais pas aveugle !), Ariana Rivoire, qui interprète Marie Heurtin. Jean-Pierre Améris voulait montrer la dimension physique de ce type de handicap, tout en attestant d’une virtuosité possible.

Marie Heurtin est un film sur l’éducation, l’éducation lorsqu’elle est transmission pour libérer l’autre et lui donner confiance, lui permettre de vivre en autonomie. C’est aussi une célébration de la vie dans toutes ses dimensions, y compris le handicap, et un acte de foi de la part du réalisateur.

Magali Van Reeth

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