ACCUEIL >Nos actions >Cinéma >Critiques

Mobile étoile

mercredi 27 avril 2016, par SIGNIS France

(de Raphaël Nadjari. Canada/France, 2015, 1h59)

Lyon, 27 avril 2016 (Magali Van Reeth) - Inspiré par la musique liturgique juive du début du 20ème siècle, le film montre combien l’harmonie artistique est difficile à atteindre au quotidien.

Montréal de nos jours, une petite formation musicale donne des concerts de musique liturgique juive. Hannah pour le chant et la direction de l’ensemble, Daniel son mari au piano, leur fils David au violon et quelques amis pour les autres voix. Leur répertoire exigeant n’est pas très populaire et ils ont du mal à trouver du public, l’attention des médias ou des subventions.

La musique est au coeur de Mobile étoile et tout le film est une célébration de ce genre très particulier de la musique des synagogues francophones entre 1830 et 1920. S’inspirant des compositeurs de l’époque, Jérôme Lemmonier en a écrit toute la délicate partition. C’est la chanteuse Nathalie Choquette qui prête sa voix à l’actrice Géraldine Pailhas (et qui tient un petit rôle dans le film, celui de la mère d’Abigail). Il est toujours difficile de tourner un film où la musique est au centre du scénario et de la mise en scène surtout quand il faut doubler les voix et gestes des acteurs. De ce point de vue, le rendu est plutôt réussi et Mobile étoile fonctionne avec fluidité. Les amateurs de musique seront ravis de découvrir, à plusieurs reprises, des morceaux joués en entier à l’écran.

Les spectateurs moins touchés par la beauté de cette musique seront peut être déroutés par un récit moins fluide, empruntant par moments d’autres thèmes sans les poursuivre jusqu’au bout. Le père de Daniel est en maison de retraite et lors d’une chute, il faudra s’occuper de lui et de ses pertes de mémoire ; on apprend discrètement que l’ancien professeur d’Hannah a été son amant ; des partitions très anciennes sont restaurées à Paris ; Daniel reçoit une tablette numérique pour son anniversaire et sa joie est un peu surprenante sans qu’on comprenne vraiment cette réaction excessive.

A l’harmonie et à la grâce solennelle de la musique s’opposent les tensions de ce groupe. Les adultes sont d’une extrême susceptibilité, agissant avec égoïsme tout en étant déstabilisés par les réactions des autres. Daniel quittant la pièce à la moindre contrariété, Hannah très autoritaire et imbue de son rôle de directrice du groupe, Etah se mettant en colère lorsqu’elle apprend qu’elle n’a pas été tenu au courant des projets du groupe, Samuel (l’ancien professeur) estimant être le seul à détenir la juste interprétation d’un morceau... Face à ces tensions constantes, le jeune David ne peut que se renfermer dans le silence et accueillir avec soulagement l’arrivée de la joyeuse Abigail. Mais lorsqu’il faut monter sur scène et traduire cette délicate musique par la voix et les instruments, tous trouvent enfin cette harmonie tant désirée.

Magali Van Reeth

Abonnez-vous à notre Newsletter
SIGNIS in the world
Choose your organization in the world.

Adds