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Nous trois ou rien

mercredi 4 novembre 2015, par SIGNIS France

(de Kheiron. France, 2014, 1h42)

Lyon, 4 novembre 2015 (Magali Van Reeth) – Un film jubilatoire qui raconte l’itinéraire dramatique d’un couple d’Iraniens, voulant échapper à la folie politique de leur pays. Sans jamais s’éloigner ni de la fiction, ni de l’humour. Un bel hommage à tous les migrants.

Il est toujours difficile de parler événements dramatiques avec de l’humour. D’utiliser le ton de la comédie pour évoquer une réelle souffrance. Pour son premier long-métrage, Kheiron, artiste musicien et acteur dans le registre comique, réussit cet exercice périlleux. Et en plus, il le fait à partir d’une histoire familiale, autre exercice périlleux, dans laquelle il met ce qu’il faut de fiction pour la rendre captivante. Nous trois ou rien est un film étonnant, écartelé entre plusieurs genres, gonflé, où on rit et on pleure avec le même enthousiasme !

Le récit commence en 1955 dans un petit village d’Iran, une famille de 12 enfants, une joyeuse pagaille affective où chacun a sa personnalité. L’un d’eux Hibat, a déjà toutes les dispositions nécessaires pour devenir un vrai rebelle et sera avocat. Mais au lieu d’exercer tranquillement son métier, il part à la capitale et rejoint l’opposition au Shah. Il passe 7 ans en prison, devient un peu célèbre à cause d’une histoire de gâteau, est libéré lorsque le Shah s’en va, se marie, déchante vite et part en exil pour finir dans une ordinaire banlieue parisienne.

Le réalisateur ne s’embarrasse pas de discours politique ou historique : la grande Histoire, on la voit à travers le quotidien de ceux qui la vivent, l’inquiétude, la peur et même la torture qui est évoquée avec pudeur. Il ne s’embarrasse pas non plus pour faire parler les protagonistes en perse ou en turc ou en arabe : tout le monde parle français ! Le choix même des acteurs est savoureux. De Gérard Darmon à Zabou Breitman en passant par Alexandre Astier (qui joue le shah d’Iran) et Leïla Bekhti, ils ont des origines culturelles, nationales et religieuses très diverses et aucun n’est Iranien. Mais parce qu’ils savent à la fois maîtriser les codes de la comédie et du drame, ils nous transmettent des émotions à fleur de peau.

Tout le ton du film est dynamique, comme Hibat et Fereshteh le furent dans leur épopée et on ne s’apitoie sur aucun des personnages. La vie est toujours plus forte et nous pousse de l’avant, comme elle a poussé les protagonistes. L’émotion n’est jamais loin mais le réalisateur ne veut pas nous faire pleurer, juste nous toucher. Nous trois ou rien est un très bel hommage à ce couple qui a risqué sa vie pour continuer à lutter au nom de la liberté et de la fraternité. A tous les migrants aussi qui, par leur présence et leurs actions, enrichissent les lieux où ils s’ancrent.

Magali Van Reeth

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