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Orfeu negro

jeudi 21 juillet 2016, par SIGNIS France

(de Marcel Camus. Brésil/Italie/France, 1959, 1h45. Palme d’or Festival de Cannes 1959, Oscar du meilleur film étranger 1960)

Lyon, 21 juillet 2016 (Magali Van Reeth) - Revoir des films du répertoire international permet de comprendre l’évolution du cinéma et celle de la société. Le film de Marcel Camus montre aussi la pertinence des mythes classiques.

Tourné au Brésil avec des acteurs et des musiciens brésiliens, Orfeu negro transpose le mythe d’Orphée et Eurydice à Rio, pendant les festivités du carnaval. Eurydice est une jeune campagnarde. Elle a fui de chez elle pour échapper à un homme qui veut la tuer et pense trouver refuge chez sa cousine Serafina. Débarquée du bus, elle découvre une ville animée et un brouhaha qui la désoriente. Aidée par Hermès, toujours prêt à rendre service, elle va croiser Orfeu et sa fiancée, en route pour les formalités de leur prochain mariage. Tout le monde se retrouve dans un quartier surplombant la baie de Rio et prépare activement le défilé du carnaval.

Présenté au Festival de Cannes en 1959, Orfeu negro a obtenu la palme d’or, un prix très politique de la part d’un jury proclamant ses sympathies anticolonialistes et soulignant une distribution d’acteurs exclusivement noirs, et venus d’un pays qu’on appelait encore "du tiers-monde". Une nouveauté bouleversante pour l’époque. Le film célèbre aussi la richesse de la musique brésilienne, encore inconnue à cette époque en Europe et a contribué à populariser l’esprit festif, rassembleur et artistique du carnaval de Rio. Enfin, adapter un mythe fondateur de l’Occident à un pays d’Amérique latine, c’est souligner la richesse et l’universalité de ces mythes millénaires : c’est le cœur même l’humanité qui est en jeu, quelle que soit la couleur de peau, la langue, la culture, la religion.

Heureuse époque où on pouvait filmer des scènes de rues sans se préoccuper du droit à l’image : le réalisateur Marcel Camus pose ses caméras devant les étals de marché, sur les trottoirs d’une ville bruissante de sons et de couleurs et au cœur des danses du carnaval ! Le mélange entre les acteurs professionnels et les passants est aujourd’hui émouvant pour ce qu’il montre d’unique. Les contre-plongées vers la ville posée le long de l’océan et les levers de soleil au son de la guitare d’Orfeu s’intercalent dans la fiction du récit, qui reste bien le fil conducteur du film au-delà de tout aspect documentaire.

La première partie du film est assez classique mais avec une mise en scène savoureuse où l’écran est un théâtre où il se passe toujours plusieurs choses à la fois. Puis, à mesure que monte la tension du carnaval, le film offre de belles scènes quasi fantastiques, où la poésie et la musique dialoguent avec malice. Le bouillant Orfeu et la sage Eurydice s’aimeront dans la folle nuit du carnaval, enivrés de danse et de musique, amusés par les ébats des voisins mais terrifiés par la Mort en costume qui rôde près de leur cabane. C’est un câble électrique heurtant la cheville d’Eurydice qui la fait entrer au royaume des morts. Errant dans une aube qui tarde à se dévoiler, Orfeu la cherche dans les couloirs aussi vides qu’immenses du bureau des personnes disparues. Puis passe le chien Cerbère pour participer à un rite spirituel où la voix de l’aimée disparue, rassurante, se fait entendre. Impatience ou incrédulité face au destin, Orfeu perd à nouveau son Eurydice pour n’avoir pas su attendre, pour avoir voulu voir par lui-même au lieu de croire.

Plus de 60 ans après sa réalisation, Orfeu negro fascine encore. Le carnaval de Rio et la musique brésilienne sont désormais célèbres dans le monde entier et les scènes de danses du film gardent leur fraîcheur. Comme il y a plus de deux mille ans en Grèce, la Mort vient toujours faucher les amoureux et le manque de foi dévaster les peureux.

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