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Parfum de printemps

jeudi 21 avril 2016, par SIGNIS France

(Férid Boughedir, France/Tunisie, 2014, 1h39)

Lyon, 21 avril 2016 (Magali Van Reeth) - Une comédie chaleureuse pour revenir avec finesse et humour sur les mouvements populaires qui ont changé le régime politique de la Tunisie contemporaine.

Au début de l’hiver 2010, Aziz quitte son village aux portes du désert pour rejoindre Tunis en taxi collectif. Le chapeau de paille sur la tête et un sourire de ravi aux lèvres, il emporte un costume blanc impeccable et l’adresse de son futur beau-père et employeur. A peine arrivé au souk Moncef Bey, son espoir de mariage et de travail s’envole...

A travers ce personnage de candide, Férid Boughedir dresse un portrait à la fois chaleureux et terrifiant de la société tunisienne à la fin du règne de Ben Ali. Si la gentillesse est omniprésente et si Aziz trouvera toujours quelqu’un pour l’aider et un toit où dormir, il se heurtera aussi à toutes les nuances de la corruption qu’un état totalitaire ou qu’un clan partisan peut engendrer. Au souk de Moncef Bey, les revendeurs d’électro-ménager payent à prix exorbitant leur stock et s’ils décident d’aller se servir, à meilleur prix, dans un pays voisin, la police les cueillent à leur retour car toutes les transactions commerciales doivent passer par la famille Ben Ali... Les beaux quartiers ne sont pas épargnés et la famille d’un intellectuel contestataire emprisonné essaie tant bien que mal de résister aux rapaces immobiliers qui la harcèlent d’offres misérables pour s’emparer de leur maison. Pour parfaire le tableau, il y a aussi les frères musulmans et la claque gouvernementale qui se déplace pour la promesse d’un repas...

C’est le coeur de la Tunisie qu’Aziz nous permet de découvrir : les poèmes d’amour arabes qui inspirent encore les amoureux, les jeunes filles voilées qui sortent avec leurs copines en débardeur et mini-jupe, l’architecture magnifique où le bleu tendre des volets claque sur la blancheur des murs, l’hospitalité sacrée même dans la plus grande pauvreté. Passant avec bonheur de l’arabe parlé au français, Parfum de printemps s’amuse avec le vocabulaire et les situations, distillant avec astuce de l’humour dans des dialogues qui pimentent des images très sages.

Si Aziz devient héros du printemps arabe, c’est bien malgré lui, à cause d’une pirouette dépourvue de toute intention politique. En suivant ses péripéties, on est embarqué dans une page d’Histoire, en compagnie d’une ribambelle de personnages haut en couleurs et dans des situations qu’Aziz traverse avec candeur alors que le spectateur en perçoit tous les dangers. En restant toujours sur le ton de la comédie, Férid Boughedir montre bien la genèse et la complexité dramatique de ce mouvement populaire.

Mais loin de tout angélisme, le réalisateur sait que cette révolution du printemps 2011 n’a pas réglé tous les problèmes de la Tunisie, ni permis l’avénement d’une véritable démocratie. C’est par une phrase hors champ qui se superpose à une image très joyeuse, qu’il montre dans le plan final à la fois les espoirs et les risques de ce mouvement révolutionnaire qui a profondément bousculé la Tunisie.

Magali Van Reeth

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