ACCUEIL >Nos actions >Cinéma >Critiques

Peur de rien

mercredi 17 février 2016, par SIGNIS France

(de Danielle Arbid. France, 2015, 1h59)

Lyon, 17 février 2016 (Magali Van Reeth) – Un joli film et une actrice pleine de vie qui montrent avec une astucieuse mise en scène que, pour changer de vie, il faut s’extraire de ses peurs et de ses à priori.

En 1993, Lina quitte le Liban pour venir étudier à Paris. Les premiers contacts sont épineux et les premières semaines plus que difficiles. Lorsqu’on a 20 ans, qu’on vient d’un pays en guerre où les traditions sont bien différentes de la France, et qu’on veut profiter au maximum de cette nouvelle vie, il faut parfois serrer les dents et souvent montrer qu’on a peur de rien.

S’appuyant sur son propre parcours, la réalisatrice Danielle Arbid fait un savoureux film d’apprentissage en évitant les écueils de l’autobiographie classique. La jeune actrice Manal Lissa donne au personnage principal toute son intensité, son innocence et sa détermination. Elle incarne avec passion cette découverte d’un nouvel univers, très déstabilisant car il faut décrypter chaque geste, apprendre des codes qui ne sont jamais explicités. Lina doit trouver le juste équilibre entre ses envies et ses peurs pour entrer pleinement dans cette nouvelle vie.

Les rencontres sont bien sûr décisives. L’amitié et ses trahisons, l’amour et ses déceptions, pas besoin d’être étrangère pour s’y confronter. Mais le levier que trouve Lina, c’est l’art. Entrée par hasard dans un cours, elle est séduite par cette professeur qui s’habille de façon si différente et qui lui parle comme personne ne lui avait parlé auparavant. Rarement la fascination qu’un professeur exerce sur un élève a été aussi subtilement mise en scène. La professeur d’art est savoureuse quand elle fait l’éloge du laid, qui n’est pas le contraire du beau mais celui de notre profonde humanité. C’est elle qui, avec toute la fine ironie que lui prête Dominique Blanc, pointe du doigt l’importance de l’art dans la construction d’un individu. Avec l’art, c’est encore un autre monde qui ouvre ses portes pour Lina, un monde de liberté, où la complexité des formes et des interprétations s’affranchit des mots, permettant à la jeune femme de s’affranchir de ses entraves.

Tout au long du film, Danielle Arbid sait trouver des scènes très simples où elle condense dans un geste anodin l’émotion, la rareté d’un moment ou l’instant d’une première fois, comme lorsque Lina monte sur le scooter de Rafaël et s’accroche à sa taille. Tout le film a une fluidité, en accord avec la détermination de Lina qui fonce tête baissée vers ce qu’elle ne veut plus être. Sans prendre le temps de la distance et de la réflexion, elle est dans tous les instants. Peur de rien est un film entièrement conjugué au présent.

Bien plus que l’itinéraire d’une jeune femme libanaise voulant se fondre dans la société française, ce nouveau film de Danielle Arbid est une jolie métaphore sur la façon de se libérer des comportements qui nous enferment, un éloge de l’art qui nous permet de nous construire dans le monde où nous vivons.

Magali Van Reeth

Abonnez-vous à notre Newsletter
SIGNIS in the world
Choose your organization in the world.

Adds